À
partir de l'expérience acquise dans la bataille du fleuve
Saint-Laurent, mon combat pour la protection de
l’environnement prend une orientation définitive. J’étais
plus convaincu que jamais que pour protéger efficacement
notre environnement, nous devions non seulement mobiliser
les citoyens, mais considérer les organismes gouvernementaux
de protection de l'environnement comme des ennemis de l'environnement
et des citoyens.
À l'époque, on disait souvent de moi que je n'étais
pas un fonctionnaire comme les autres. C'est vrai! J'ai
toujours pensé que pour être un bon fonctionnaire, il fallait
d'abord être un bon citoyen. Je n'ai jamais accepté qu'aux
yeux de la Fonction publique, il me faille trahir les citoyens
pour devenir un bon fonctionnaire. Mais ce genre de vision entre carrément en contradiction
avec les pratiques de la Fonction publique où les citoyens sont
traités comme des sujets dérangeants. Dans ce contexte, on peut
facilement comprendre que mon approche avec les citoyens m'ait
toujours attiré les
foudres des pontifes de la machine administrative, qui ont
fait des pieds et des mains pour se débarrasser de moi, durant toutes
mes années de combat pour la cause de l'environnement. Heureusement
que je pouvais compter sur la force de l’opinion publique
et l’appui des associations que j'avais créées pour résister
aux attaques. J'étais malgré tout, un fonctionnaire libre!
Sur le front de l'indépendance
Durant
toutes ces années au service de l'environnement, je surveille de très près, mais en silence,
tout ce qui se déroule sur le front de l'indépendance. Je
constate que le mouvement pour l'indépendance du Québec
a été balayé sous le tapis. Plutôt que de faire l'indépendance,
on a choisi de fredonner la rengaine de la souveraineté
qui, comme le développement durable peut être apprêtée à
toutes les sauces. En misant sur la naïveté politique des Canadiens
français et leur traditionnelle «peur d'avoir peur», René
Lévesque a récupéré tous les efforts des pionniers de l'indépendance
pour couler le bateau de l'indépendance.
J'ai toujours été persuadé que René Lévesque et le
Parti québécois allaient
mener le Québec dans une voie sans issue, pavée de débats
stériles. Les seules
réformes fondamentales que j’attendais de ce parti, maintenant
qu'il était au pouvoir, n'avaient rien à voir avec la cause de l'indépendance. Elles
touchaient
la protection de l’environnement et la participation des
citoyens.
Le dilemme
La dernière campagne électorale du Parti québécois, avant
la prise du pouvoir, m’avait beaucoup
troublé. J'étais dans un dilemme. Je voyais mal comment
je pouvais accorder mon vote à des gens que je percevais
comme des usurpateurs de la cause de l'indépendance. Par ailleurs, je voyais quand
même le changement
de gouvernement comme un avantage pour la cause de l'environnement.
Un nouveau gouvernement, tout le monde le sait, est plus
porté que son prédécesseur à aller de l’avant avec de nouvelles réformes. Et Dieu sait si les réformes s'imposaient
dans le domaine de l'environnement.
Tout le Québec attendait la création d'un véritable
ministère de l'Environnement, un
ministère qui saurait épauler les citoyens dans leur lutte
pour la protection de leur environnement. J'ai donc voté
péquiste, mais sans conviction. J'ai misé sur le good
government, mais non sans m’interroger sur le genre de
relations qu'un gouvernement péquiste entretiendrait avec
les farouches pionniers de l'indépendance, dont j'étais,
si jamais le Parti québécois prenait le pouvoir.