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XIX. L'enfer péquiste

 

Nous l'avons vu précédemment, l'arrivée du Parti québécois au pouvoir a mis fin au projet Un Fleuve, Un Parc. J'ai quand même droit à une courte lune de miel avec Marcel Léger. Le nouveau ministre de l'Environnement me présente fréquemment comme un exemple à suivre dans les rapports qu’un organisme public doit entretenir avec les citoyens et il s’engage formellement à faire du futur ministère de l‘Environnement l’allié naturel des citoyens.

Mais je suis sur mes gardes. D’autant plus que ce n’est pas la première fois que je suis mobilisé pour meubler les discours des politiciens. Ils sont comme ça! Il n’y a qu’une chose qui compte pour eux: se faire du capital politique. Ils ne ratent jamais une occasion de s’emparer des idées des autres, même s’ils n’y comprennent rien, ou de récupérer publiquement les citoyens les plus populaires («mon bon ami Tony»), pour ensuite les faire disparaître dans le vitriol de la machine administrative.

En pleine contradiction
Une grande partie de ma méfiance vient des nombreuses contradictions décelées dans les discours des nouveaux élus. D’un côté, le gouvernement s'engage à créer un véritable ministère de l'Environnement et à l'associer directement aux citoyens pourl'aider à mettre les industriels et manufacturiers au pas; de l'autre côté il flatte ces mêmes industriels et manufacturiers qui se croient arrivés au paradis avec un gouvernement qui leur est plus que sympathique.

Du côté des grands dossiers, les contradictions ne sont guère plus rassurantes: alors qu'avant les élections, l'amiante était la pire calamité que le Québec ait jamais connue dans le domaine de la santé et de l’environnement, le gouvernement péquiste, au lendemain de son arrivée au pouvoir, parle déjà de nationaliser cette industrie pour en faire le fleuron de l'économie de la future République du Québec. De l'amiante poison, on passe quasi instantanément à l'amiante bonbon! Le gouvernement péquiste annonce ses vraies couleurs!

Les gardiens de la République
Ce qui a rapidement distingué le gouvernement péquiste des autres, c'est sa relation avec ce que René Lévesque appelait l'«appareil administratif», c'est-à-dire les milliers de fonctionnaires, comme moi, qui font rouler la machine gouvernementale. Les relations quotidiennes n'ont jamais été faciles entre le pouvoir politique et les fonctionnaires, encore moins avec les fonctionnaires engagés. Mais avant l'arrivée des péquistes, il était quand même possible, avec un peu de courage, d'audace et de convictions, d'arriver à répondre un tant soit peu aux attentes des citoyens. La preuve: tout ce que j'ai réussi à accomplir malgré les barrières de la Fonction publique et les chaises musicales entre les différents organismes d'hygiène publique, de dépollution et de protection de l'environnement.

Mais pour les péquistes, mon style de travail est perçu comme de la haute trahison. La lune de miel a été bien courte! Quant au ministre Léger, il s'est éclipsé, pour consacrer tout son temps à la politique plutôt que de bâtir son ministère Je suis maintenant directement soumis aux dictats du personnel politique de son cabinet. Et c'est là que, pour la première fois, je subis l'intégrisme péquiste. En effet, comme tous les membres des cabinets politiques péquistes, ceux du cabinet Léger voient toutes les divergences d'opinion de la part des fonctionnaires, comme des attaques contre la Nation. Ils s'imposent comme de véritable gardiens de la République.

Pour souligner leur autorité, ils parlent toujours au nom du ministre. Passe par là grosse tête, «c'est la volonté du ministre», disent-ils. Un jour, j'ai voulu en avoir plus sur «la volonté du ministre». J'appelle Marcel léger. Il tombe des nues. J'ai découvert plus tard que cette pratique est courante dans tous les ministères péquistes. Les membres des cabinets péquistes sont plus forts que les ministres.

Le ministère de l'Environnement
À l'arrivée des péquistes, la gestion de l'environnement est encore sous la responsabilité du Service de protection de l'environnement, lui-même placé sous l'autorité du ministère des Affaires municipales. Nous sommes donc loin du véritable ministère de l'Environnement autonome que la population réclame depuis longtemps.

Toutefois, sous l'égide du Parti québécois, le ministère de l'Environnement a effectivement été créé. Mais il n’a jamais pris son envol. Dès le départ, on lui a attaché le boulet de l'économie à la patte, question de s'assurer qu'il ne prendra pas l'épouvante. Même déception du côté des relations avec les citoyens. Plutôt que de s'en faire des alliés, comme l'avait annoncé Marcel Léger, le nouveau ministère de l'Environnement est rapidement devenu leur pire ennemi.

Mais c'est en coulisse que le ministère de l'Environnement a véritablement et sournoisement été coulé dès sa naissance. Les nombreuses tractations entre les cabinets des ministères à vocation économique et le cabinet Léger vont faire du ministère de l'Environnement un ministère de façade, subordonné aux ministères des Ressources naturelles, des Affaires municipales, des Terres et Forêts et de l'Agriculture.

Aujourd'hui, on l'appelle le ministère du Développement durable. On peut donc maintenant, sans hésiter, en parler comme d'un véritable ministère de développement économique.

Le délit d'opinon
Malgré les beaux discours péquistes qui annonçaient une participation active des citoyens dans la gestion de l'environnement, répondre aux attentes des citoyens n'est plus possible sans une audace et un courage à toute épreuve au ministère de l'Environnement. Tout le contraire de ce que j'attendais d'un gouvernement du Parti Québécois. En dehors de quelques escapades, que les médias se sont empressés de mettre en évidence et qui ont fait bondir René Lévesque et qui m'ont valu des mesures punitives (et dont je subis encore aujourd'hui les conséquences financières), j'ai dû cesser de faire des déclarations publiques et de donner mon opinion sur les grandes questions de l'heure touchant la qualité de l'environnement. Motus et bouche cousue! Le délit d'opinion vient de voir le jour!

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