Nous l'avons vu précédemment,
l'arrivée du Parti
québécois au pouvoir a mis
fin au projet Un
Fleuve, Un Parc.
J'ai quand même droit à une courte lune de miel avec Marcel
Léger. Le nouveau ministre de l'Environnement me présente
fréquemment comme un exemple à suivre dans les rapports
qu’un organisme public doit entretenir avec les citoyens et il
s’engage formellement à faire du futur ministère
de l‘Environnement l’allié naturel des citoyens.
Mais je suis sur mes gardes.
D’autant plus que ce n’est pas la première fois que
je suis mobilisé pour meubler les discours des politiciens.
Ils sont comme ça! Il n’y a qu’une chose qui compte
pour eux: se faire du capital politique. Ils ne ratent jamais une
occasion de s’emparer des idées des autres, même
s’ils n’y comprennent rien, ou de récupérer
publiquement les citoyens les plus populaires («mon
bon ami Tony»),
pour ensuite les faire disparaître dans le vitriol de la
machine administrative.
En pleine contradiction
Une grande partie de ma
méfiance vient des nombreuses contradictions
décelées dans les discours des nouveaux
élus. D’un côté, le gouvernement s'engage à créer un véritable ministère
de l'Environnement et à l'associer directement aux citoyens
pourl'aider à mettre les industriels et manufacturiers au pas; de l'autre
côté il flatte ces mêmes industriels
et manufacturiers qui se croient
arrivés au paradis avec un gouvernement qui leur est plus que
sympathique.
Du côté des grands dossiers, les contradictions ne sont guère plus
rassurantes: alors qu'avant les élections, l'amiante était la pire calamité
que le Québec ait jamais connue dans le domaine de la
santé et de l’environnement, le gouvernement
péquiste, au lendemain de son arrivée au pouvoir, parle déjà de nationaliser cette industrie pour en faire le fleuron de l'économie de la future
République du Québec. De l'amiante poison, on passe
quasi instantanément à l'amiante bonbon! Le gouvernement
péquiste annonce ses vraies couleurs!
Les gardiens de la République
Ce qui a rapidement distingué le
gouvernement péquiste des autres, c'est sa relation avec
ce que René Lévesque appelait l'«appareil administratif»,
c'est-à-dire les milliers de fonctionnaires, comme moi,
qui font rouler
la machine gouvernementale. Les relations quotidiennes
n'ont jamais été faciles entre le pouvoir politique et
les fonctionnaires, encore moins avec les fonctionnaires engagés. Mais avant l'arrivée des péquistes, il était
quand même possible, avec un peu de courage, d'audace et
de convictions, d'arriver à répondre un tant soit peu aux
attentes des citoyens. La preuve: tout ce que j'ai réussi
à accomplir malgré les barrières de la Fonction publique
et les chaises musicales entre les différents organismes
d'hygiène publique, de dépollution et de protection de l'environnement.
Mais pour les péquistes, mon style de travail
est perçu comme de la haute trahison. La lune de miel
a été bien courte! Quant au ministre Léger, il s'est éclipsé,
pour consacrer tout son temps à la politique plutôt que
de bâtir son ministère Je suis maintenant directement soumis aux dictats
du personnel politique de son cabinet. Et c'est là que,
pour la première fois, je subis
l'intégrisme péquiste. En effet, comme tous les membres
des cabinets politiques péquistes, ceux du cabinet Léger
voient toutes les divergences d'opinion de la part des
fonctionnaires, comme des attaques contre la Nation. Ils
s'imposent comme de véritable gardiens de la République.
Pour souligner
leur
autorité, ils parlent toujours au nom du ministre. Passe
par là grosse tête, «c'est la volonté du ministre»,
disent-ils. Un jour, j'ai voulu en avoir plus
sur «la volonté du ministre». J'appelle Marcel léger. Il tombe des nues. J'ai
découvert plus tard que cette pratique est courante
dans tous les ministères péquistes. Les membres des cabinets péquistes sont
plus forts que les ministres.
Le ministère de l'Environnement
À l'arrivée des
péquistes, la gestion de l'environnement est encore sous la
responsabilité du Service de protection de l'environnement, lui-même
placé sous l'autorité du ministère des Affaires municipales.
Nous sommes donc loin du véritable ministère de l'Environnement
autonome que la population réclame depuis longtemps.
Toutefois, sous l'égide du
Parti québécois, le ministère de l'Environnement a
effectivement été créé. Mais il n’a jamais pris
son envol. Dès le départ, on lui a attaché le boulet de
l'économie à la patte, question de s'assurer qu'il ne
prendra pas l'épouvante. Même déception du
côté des relations avec les citoyens. Plutôt que
de s'en faire des alliés, comme l'avait annoncé Marcel
Léger, le nouveau ministère de l'Environnement est
rapidement devenu leur pire ennemi.
Mais c'est en coulisse que le ministère de l'Environnement a véritablement
et sournoisement été coulé dès sa naissance. Les nombreuses
tractations entre les cabinets des ministères
à vocation économique et le cabinet Léger vont faire
du ministère de l'Environnement un ministère de façade,
subordonné aux ministères des Ressources naturelles, des Affaires municipales,
des Terres et Forêts et de l'Agriculture.
Aujourd'hui, on l'appelle le ministère du Développement
durable. On peut donc maintenant, sans hésiter, en parler comme d'un véritable
ministère de développement économique.
Le délit d'opinon
Malgré les beaux
discours péquistes qui annonçaient une participation active des citoyens dans
la gestion de l'environnement, répondre aux attentes des
citoyens n'est plus possible sans une audace et un courage à toute épreuve au
ministère de l'Environnement. Tout le contraire de ce que j'attendais
d'un gouvernement du Parti Québécois. En dehors de quelques escapades,
que les médias se sont empressés de mettre en
évidence et qui ont fait bondir René Lévesque
et qui m'ont valu des mesures punitives (et dont je subis encore aujourd'hui
les
conséquences financières), j'ai dû cesser de faire des
déclarations publiques et de donner mon opinion sur les
grandes questions de l'heure touchant la qualité de
l'environnement. Motus et bouche cousue! Le délit d'opinion vient de
voir le jour!