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XIII. Un Fleuve, Un Parc
La bataille de Boucherville


Tout en surveillant Longueuil de près, je m'efforce de différentes façons de faire stopper les opérations de remblayage de l'île Sainte-Marguerite, en face de Boucherville, qui ont provoqué ma fureur du début et m'ont inspiré au moment de lancer mon projet. La lutte s'éternise et le fleuve subit des torts irréparables. À moins d'un événement percutant, je ne vois pas comment j'arriverai à stopper la dégradation en cours.

L'événement tant attendu se produit pourtant, en plein hiver, durant la période des Fêtes.

Une grande victoire
Les propriétaires de l'île Sainte-Marguerite possèdent d'autres îles situées en aval. Toutes ces îles sont destinées à devenir un vaste projet résidentiel. En allant vers Boucherville, l'un de mes collaborateurs constate qu'il se passe quelque chose d'anormal à la tête du chenal de la Grande Rivière séparant l'île Sainte-Marguerite de l'île de la Commune. Il se rend sur le chantier, et voit, stupéfait, qu'on est en train de combler entièrement le chenal pour y construire une voie carrossable entre les deux îles. C'est le moment choisi pour relancer l'idée de l'achat de l'île Sainte-Marguerite.

Il faut agir rapidement, sans quoi le chenal sera comblé et il deviendra impossible que les lieux retrouvent leur état naturel. Henri Poupart, chroniqueur de chasse et pêche au quotidien La Presse, et un grand défenseur du projet Un Fleuve, Un Parc, fait paraître la nouvelle à la une. Sans perdre de temps, j'expédie des télégrammes au directeur du Service de protection de l'environnement, au ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, au ministre des Richesses naturelles ainsi qu'au maire de Boucherville, réclamant un moratoire qui mettra fin immédiatement aux travaux et empêchera, par le fait même, le remblayage du chenal. Le tocsin sonne encore quand les entrepreneurs reçoivent une sommation leur intimant d'arrêter la machine. Les dévastateurs ont beau pousser les hauts cris, intriguer, rien n'y fait.

Un an plus tard, toujours en pleine période des Fêtes, le Dr Victor C. Goldbloom, ministre délégué à l'Environnement, annonce que le gouvernement se porte acquéreur des îles à Pinard, de la Commune, Grosbois et quelques autres, toutes situées en aval de l'île Sainte-Marguerite. Ces îles représentent une superficie de 1250 acres, presque deux fois la superficie du parc du Mont-Royal. Une grande victoire, cependant assombrie par le fait que l'île Sainte-Marguerite, elle, soit toujours aux mains des spéculateurs.

Au lendemain de l'annonce du Dr Goldbloom, je déploie mon arsenal non seulement pour sauver l'île Sainte-Marguerite, mais aussi les arbres qu'on est en train de couper sur la rive sud du fleuve à Boucherville. Le gouvernement fédéral, par le biais d'un programme de création d'emplois, vient d'octroyer la somme de 23 000 dollars à une entreprise de paysagistes avec l'obligation de fournir du travail à douze employés durant quatre mois. Leur mandat: nettoyer les rives du fleuve appartenant à des organismes fédéraux, de La Prairie à Boucherville.

Pour eux, les arbres ne signifient pas grand chose. Ils sont malades, ils poussent tout croche, ils cachent la vue. Bref, ils peuvent créer toutes sortes de nuisances. Ces gens n'avaient aucune idée du rôle important de la végétation naturelle sur les rives des cours d'eau. On coupait des arbres sans raison et personne ne protestait, même pas les autorités de la ville de Boucherville. Ironie du sort, l'entreprise de paysagistes avait son siège social à Longueuil.

Le parc national des Îles-de-Boucherville
Entre temps, les pressions exercées pour que le gouvernement se porte acquéreur de l'île Sainte-Marguerite portent fruits. Le Dr Goldbloom est fier d'annoncer que la nature va y reprendre ses droits. Quelques mois plus tard, une partie de l'île Charron passe aussi au domaine public. Tout est en place pour la création éventuelle du parc des îles de Boucherville. Peu de Québécois réalisent aujourd'hui que c'est grâce à mes efforts que le parc national des Îles-de-Boucherville a vu le jour et qu'il s'agit, en fait, d'un petit morceau du projet magnifique qu'était Un Fleuve, Un Parc.

Cette page, extraite de l'histoire du projet  Un Fleuve, Un Parc donne une excellente description du genre de bataille que j'ai dû mener pour sauver les Îles de Boucherville de la destruction et ouvrir la porte à la création du Parc nationale des Îles-de- Boucherville, dont il est tant question de nos jours suite à l'annonce d'un projet domiciliaire qui doit s'installer sur l'île Charron. Dommage que dans l'historique de ce Parc national, on ne fait aucune mention du projet Un Fleuve, Un Parc, pourtant à l'origine du Parc national des Îles-de-Boucherville.

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