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XVI. Un Fleuve, Un Parc
Les pontifes passent à l'attaque


Ce qui se passe en coulisse n'a rien de sorcier. Sur les recommandations des puissants pontifes de l'OPDQ, le Conseil du trésor bloque tout simplement les crédits du plan directeur. Le Dr Goldbloom n'y peut rien. Tous les ministres doivent plier devant l'OPDQ. Pour des années à venir, ce coup de Jarnac met fin aux possibilités d'un décret gouvernemental qui ferait du territoire du projet Un Fleuve, Un Parc, futur parc naturel, un territoire désigné.

Les croque-morts
Mais ce recul ne sonne pas le glas de la guérilla engagée pour stopper la dégradation du fleuve ou réaliser d'autres acquisitions. Bien vivant, toujours combatif, je travaille à garder le projet dans l'actualité même si les croque-morts de l'OPDQ l'enterrent quotidiennement au son du Dies Irae.

À l'OPDQ, on parle plutôt du Couloir fluvial, un vaste projet technocratique englobant toute la vallée du Saint-Laurent. Nous sommes très loin du projet Un Fleuve, Un Parc.

Dans le cadre du Couloir fluvial, l'OPDQ prévoit faire l'étude du développement industriel, des problèmes sociaux, du réseau de la santé, enfin, un projet délirant aussi éloigné du projet Un Fleuve, Un Parc que Jupiter de Mars.

Dans l'optique des savants apprentis sorciers de l'OPDQ, Un Fleuve, Un Parc, n'est qu'un projet mis de l'avant par un hurluberlu sans perspective économique. De la petite bière, une affaire de peu d'importance, risible, car, selon eux, seul un plan de développement global, conçu et mené à bonnes fins par les technocrates éclairés de l'appareil gouvernemental, peut réussir.

Fou raide!
Dans leur jargon, on me fait comprendre que je ne suis pas habilité ou en mesure d'évaluer la portée de mes gestes, et qu'avant de lancer Un Fleuve, Un Parc, il aurait été sage que je «soigne la planification, la développe, en esquisse les traits, les perspectives, identifie les ressources à protéger tout en restreignant ou du moins en canalisant et en ordonnant le développement du secteur urbain et industriel, si nécessaire.»

Voilà le langage embroussaillé que l'OPDQ tient sur la place publique tout en affirmant que le projet de sauvegarde du fleuve est plus vivant que jamais sous la bannière du Couloir fluvial.

Mais dans les documents internes et secrets de l'OPDQ, on avoue pourtant bien clairement qu'il est utopique de vouloir faire du Couloir fluvial un parc linéaire incluant les rives et les îles. Pour l'OPDQ, il est utopique de vouloir protéger les richesses écologiques du fleuve et en faire un parc fluvial. Plus tard, après voir dépensé plusieurs millions de dollars, l'OPDQ publiera ses conclusions. Elles dorment toujours sur les poussiéreuses tablettes du gouvernement du Québec. Avec l'argent gaspillé pour les études bidon du Couloir fluvial, il aurait été possible de dresser un véritable plan directeur du projet Un Fleuve, Un Parc et d'acquérir la totalité des îles.

Avant de planifier l'avenir du Saint-Laurent, les technocrates de l'OPDQ croyaient indispensable de planifier le sort de la planète. Ils n'ont réussi qu'à nuire au fleuve et à la population présente et future du Québec.

 

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