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UN LAC,
c'est un organisme vivant!

Un lac, c'est d'abord un organisme vivant. Comme toi, comme moi, comme les fleurs et comme les oiseaux. Un lac ça vit, et ça peut mourir. C'est difficile d'expliquer un être vivant: on sait pas trop par où commencer. C'est une chaîne, ça se nourrit ça prend du soleil, ça transforme ses aliments, ça se repose et tout ça est important. Si tu fais disparaître une seule de ces activités là c'est l’ensemble qui en souffre. Moi aussi, j'ai mis du temps à comprendre ça !

J’ai toujours aimé mon lac. Le soleil qui fait la brume au petit matin, les poissons qui sautent à la fin de la journée, les baignades tranquilles l'après-midi au mois de juillet, le doré de quatre livres qu'on a sorti de la grande baie, les couleurs d'automne et le ski de fond l'hiver. On organise toute une vie autour d'un lac. Mais le lac, lui aussi, essaie d'organiser sa vie autour de nous! Quand j'arrive à mon lac, que ce soit la première ou la millième fois, je fais comme tout le monde, je descends au bord de l'eau, je regarde, je respire, je suis bien. Si j'étais poète, je dirais que je viens dire bonjour à la nature. Et bien, à ce moment là, les deux pieds au bout du quai, je me trouve à l'endroit le plus important du lac: la rive et le littoral. C'est là que se produisent 90 p. cent des échanges biologiques de mon lac. Tu connais assez la nature pour savoir que la chaîne d'alimentation va du plus gros au plus petit. La truite de huit lilvres que tu viens de pêcher a mangé des poissons plus petits, ceux-ci ont mangé des ménés, les ménés des êtres plus petits et ainsi de suite jusqu'aux micro-organismes.

Le littoral
Et bien, cette chaîne alimentaire, elle commence dans les eaux du littoral, c'est-à-dire dans les eaux peu profondes du lac. C'est là que le soleil réchauffe le plus la couche d'eau et que la lumière pénètre jusqu'au fond. La première conséquence de cette température et de cette lumière, c'est qu'il pousse des plantes. Ces plantes là, dans une situation normale, c'est-à-dire quand on laisse faire la nature, elles sont les producteurs de base du lac, elles fabriquent de la matière organique qui va servir de nourriture aux millions de micro-organismes dont je parlais tout à l'heure. Comme ces micro-organismes vont nourrir à leur tour des larves d'insectes et autres êtres vivants, toute cette petite faune va évidemment s'installer tout proche de sa nourriture. De cette façon, on a vu des plantes aquatiques qui abritaient jusqu'à 24 sortes d'insectes différents. Et c'est pas tout!

Tout un monde
Comme le fond du lac est assez chaud dans ces zones peu profondes, on y retrouve tout un monde que les enfants surtout connaissent bien: des écrevisses, des grenouilles, des sangsues et le reste. Plus des 3/4 de tous les êtres vivants d'un lac se retrouvent dans les eaux du littoral. Ça fait que si, en arrivant, on arrache les plantes, on remblaye le bord de l'eau et on fait un quai de ciment, on fait mourir une bonne partie du lac.

La rive
C'est la même chose avec la rive. La végétation du bord de l'eau n'est pas là pour rien. Les arbustes, les arbres, les buissons, ce sont tous des végétaux qui ont des racines puissantes et qui retiennent le sol. Ça retient tellement bien que même les glaces ne réussissent pas à l'éroder. La nature s'arrange rarement pour se détruire elle-même. De plus, cette végétation abrite des animaux de toutes sortes qui vont manger dans le littoral. Elle contribue ainsi l'équilibre des forces naturelles: qu’on pense aux grenouilles adultes, aux martins-pêcheurs !

De l’ombre
Les arbres de la rive servent aussi à faire de l'ombre sur l'eau. Quand il fait trop chaud, c’est essentiel de se mettre à l’ombre. Imaginez l'importance de l'ombre pour une plante ou un micro-organisme. La moindre variation de température peut déterminer s’il va vivre ou mourir. La végétation de la rive et du littoral, c'est le même milieu de vie. C'est un peu le système d'alimentation du lac.

Pas de lac!
Alors, quand on déboise, quand on coupe les arbres pour avoir une belle vue, on risque d'avoir vraiment une belle vue, mais pas de lac! Bien sûr, on ne déboise que pour des besoins essentiels, juste la largeur de la maison. Oui, le voisin aussi va en faire autant, et le voisin, et le voisin, et le voisin. Au bout du compte, c'est plus le lac que l’on regarde, c'est le voisin d'en face. Et alors, veut veut pas, le lac est au commencement de la fin, parce que, entre vous et moi, on ne déboisera pas seulement devant le chalet: on va certainement faire un chemin derrière et, d'ailleurs, il y a peut-être déjà d'autres chalets derrière. Et là, tout le monde s'attaque en coeur à l'encadrement forestier du lac. Inutile de faire un dessin pour dire que la forêt c'est beau, on y va pour ça, c'est bien connu. Mais il faut penser qu’une forêt de deux acres et demi peut retenir un million de gallons d'eau ? Qu'est ce que ça viens faire dans cette histoire ? Tout simplement que si on coupe à tort et à travers dans les bois qui encerclent un lac, on élimine les mécanismes naturels qui retiennent l'eau et le sol autour du lac. Le résultat, c'est que le lac reçoit par érosion, des tonnes et des tonnes d'éléments nutritifs dont il n'avait pas besoin, et, en quelques années, il se paralyse par une végétation aquatique qui n'aurait jamais dû se développer aussi rapidement. Tout ça parce qu'autour, on a voulu faire une petite ville à la campagne.

Les eaux usées
C'est la même chose avec les installations septiques. Si elles ne sont pas en bon état, qu'est-ce qui arrive? Les eaux usées qui se rendent au lac sans avoir été purifiées par le sol apportent avec elles des éléments nutritifs qui font pousser les algues. Tout le monde connaît ce phénomène: le lac devient plutôt dégoûtant par endroit. Lui, il fait bien son possible pour éliminer tout ça, mais, on lui en fourni bien trop pour ce qu'il est capable de transformer.

Un milieu de vie
Au fond, un lac, c'est un milieu de vie que la nature a formé tranquillement, au cours de centaines et de milliers d'années. C'est un milieu qui prend ces éléments autour de lui, qui les transforme, qui donne leur chance à toutes sortes d'êtres vivants de s'épanouir. On aime un lac pour ce qu'il est, mais ce qu'il est, c'est aussi son environnement ! Pouvez-vous imaginer un lac installé en plein coeur de Montréal avec la Place Ville-Marie d'un bord, le boulevard Dorchester de l'autre et les magasins de la rue Sainte-Catherine installés dans la grande baie au fond? On aurait la même masse d'eau, mais ça ne serait plus un lac. Tout ça pour dire que la pollution et la dégradation de l'environnement du lac, ce sont des gestes qui assassinent l'espace naturel petit à petit, morceau par morceau jusqu'au jour où le lac a cessé d'exister. Au fond, c'est assez simple, la pollution par les installations septiques, la dégradation par le déboisement et le remblayage de la rive, ça produit des effets identiques. Le lac finit par étouffer par excès de matières nutritives. Je ne dis pas ça pour vous énerver. Je le dis parce que votre lac, finalement, c'est votre responsabilité. Si vous voulez, vous pouvez commencer à le reboiser, dans votre petit coin. Vous n’êtes pas seul sur votre lac, bien entendu, mais il faut bien commencer quelque part.

Les lacs, après tout, c'est notre bien à tous, en même temps que notre responsabilité personnelle. S’il y a une chose au monde de laquelle on est vraiment responsable c'est bien de sa propre vie, et nos lacs finalement, ils font partie de notre vie!

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