Avant les années 1960, très peu de Québécois se souciaient de l'avenir des lacs. À cette époque, les problèmes de pollution et de dégradation de la nature ne faisaient pas vraiment partie des préoccupations des citoyens.

Les premières voix C'est en 1967 que les premières voix se sont fait entendre en bordure des lacs de villégiature au Québec. Au lac Archambault, dans la région des Laurentides, les villégiateurs venaient de prendre conscience que la qualité des eaux du lac se dégradait. Sous l'inspiration d'un villégiateur, Yves Couvrette, ils se sont regroupés au sein d'une association pour amorcer une vigoureuse campagne de dépollution de leur lac. Le terrain était mûr. Le mouvement s'est rapidement propagé d'un lac à l'autre. Partout au Québec, des milliers de villégiateurs ont alors emboîté le pas et formé à leur tour des associations pour se porter à la défense de leur lac. Au même moment, pour venir en aide à ces associations, le Programme des lacs était créé.
La FAPEL En 1975, les «associations de lacs» se regroupaient au sein de la
FAPEL, la Fédération des associations pour la protection de l'environnement des lacs. La
FAPEL se donne comme objectifs de changer les attitudes des Québécois face à l'environnement de leurs lacs et de doter le Québec des outils essentiels à la surveillance et au contrôle des activités susceptibles de polluer ou de dégrader nos lacs. Dès sa fondation, la
FAPEL devient un partenaire du Programme des lacs. À partir de ce moment-là une véritable révolution s'opère au Québec dans le domaine de l'environnement des lacs et de la participation des citoyens.
Premières victoires Les premières victoires touchent le problème le plus urgent : la pollution des eaux. Grâce au travail du Programme des lacs et aux efforts de la
FAPEL, on a vu apparaître ou se populariser:
Un règlement sur la construction et l'entretien des installations septiques, avec un réseau d'inspecteurs municipaux de l'environnement pour sa mise en force.
La normalisation des pratiques de construction des fosses septiques et des tuyaux de drainage des éléments épurateurs.
L'usage de la classification des installations septiques et du plan correctif, conçus pour aider les associations de villégiateurs à identifier, sur leur lac, problèmes et solutions, dans ce domaine.
Un deuxième front Vers le milieu des années 1970, la
FAPEL et le Programme des lacs ouvrent un deuxième front: la lutte contre la dégradation de l'environnement naturel des lacs. Grâce à la
FAPEL et aux associations qu'elle regroupe et conseille, les principes d'un aménagement visant à respecter l'écologie des lacs, élaborés par les spécialistes du Programme des lacs, se retrouvent dans les règlements locaux.
L'encadrement forestier est identifié comme une ceinture de 300 mètres de profondeur à l'intérieur de laquelle les activités doivent être rigoureusement contrôlées.
La superficie minimale des lots est fixée à 4 000 mètres carrés et une faible densité d'occupation est établie pour assurer la survie des lacs.
La rive est identifiée comme une bande de 10 ou 15 mètres de profondeur sur laquelle la végétation naturelle doit être protégée.
La zone du littoral est reconnue et tous les ouvrages susceptibles de nuire à la libre circulation des eaux y sont interdits.
En bordure des lacs, s'établit l'obligation de conserver au moins 60 p. cent du couvert forestier à l'état naturel et l'interdiction de construire un chemin à moins de 60 mètres de la ligne du rivage.
La notion d'érosion se concrétise par l'introduction dans la réglementation de contraintes liées aux pentes fortes.
Les marais, marécages et terres humides obtiennent une mention spéciale visant la protection de leur intégrité.
Avec la FAPEL, le Programme des lacs développe des pépinières spécialisées dans la culture de plantes indigènes typiques des rives de nos lacs et cours d'eau et met sur pied un vaste programme de régénération des rives pour aider les villégiateurs à redonner aux rives des lacs leur caractère naturel. Durant cette période, la FAPEL et le Programme des lacs jouent un rôle de premier plan dans la protection de l'environnement des lacs dans toutes les régions du Québec.
Le Programme des lacs a progressivement énoncé les principes qui ont pris la forme d'un règlement type pour la protection des rives et du littoral des lacs et des cours d'eau dont les associations réclamaient l'adoption et la mise en force par leur municipalité, pendant que la FAPEL militait pour en faire un règlement cadre en vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement. Sous la pression, les autorités du Ministère finiront par promouvoir mollement une Politique des rives qui, adoptée en 1987 en lieu et place d'un règlement-cadre, avait déjà édulcoré les principes de protection des rives du Programme des lacs. Alors que les mesures de protection des rives devraient être les mêmes sur tous les lacs, quel que soit le milieu ou l'utilisateur, on accorde aux exploitations forestières l'autorisation de couper jusqu'à 50 p. cent du volume du bois de la rive, tandis que la bande de protection riveraine passe de 10 à 3 mètres de profondeur, en milieu agricole, un milieu pourtant notoire pour diffuser fertilisants et pesticides vers les cours d'eau.
Des réticences Il faut souligner que, durant toutes ces années, le mouvement pour la protection de l'environnement des lacs était tout au plus toléré par le ministère de l'Environnement et les municipalités, qui le voyaient comme un frein au développement économique des régions, et qui supportaient mal que des citoyens éclairés et bien organisés tentent d'imposer des orientations de développement plus en accord avec l'écologie des lacs.
Crac! Faut-il alors s'étonner que le ministère de l'Environnement ait invoqué les difficultés économiques
de l'époque pour mettre la hache dans le Programme des lacs et plonger tête baissée dans la déréglementation en bordure des lacs. Ceux-là même qui se sont toujours montrés réticents face à l'application de normes écologiques dans le développement des lacs, en font aujourd'hui le procès. Les acquis de toutes ces années de lutte sont systématiquement remis en question, sinon carrément liquidés.
Le règlement sur les installations septiques est considéré comme un frein au développement. En juillet 1995, sous le camouflage de ce qu'on a appelé «les nouvelles technologies», le ministère de l'Environnement modifie sournoisement le règlement. Résultat: les exigences du règlement concernant la nature des sols et des terrains sont considérablement réduites. La porte est de nouveau ouverte à la pollution.
Les mesures de protection des rives ne sont que des «irritants» pour le ministère de l'Environnement et les municipalités. La Politique des rives est successivement modifiée pour l'«adoucir». Adoptée en vertu de la Loi sur l'Aménagement et l'urbanisme, sa mise en force relève plutôt du ministère des Affaires municipales.
En janvier 1996, la Politique des rives est encore une fois modifiée: la bande de protection riveraine, en milieu de villégiature, passe, à toutes fins utiles, de 10 à 5 mètres de profondeur.
Dès 1987, la notion d'un encadrement forestier qui délimite les zones sensibles d'un lac a été carrément évacuée par le ministère des Affaires municipales, avec l'accord du ministère de l'Environnement. Résultat: les MRC et les municipalités emboîtent progressivement le pas. Porte ouverte au développement anarchique.
Tous ces reculs (et bien d'autres) sont récents. Si la tendance se poursuit, l'avenir de nos lacs est sérieusement en danger. Sans compter qu'on assiste à une véritable démobilisation du côté des citoyens. La lutte contre la pollution des eaux et la dégradation de l'environnement naturel de nos lacs a toujours été un combat exigeant. C'est un domaine où il n'y a jamais de victoires permanentes. Tout est toujours à recommencer! C'est encore plus vrai de nos jours alors que, malgré les alertes aux cyanos et le leitmotiv universellement admis qui associe le surdéveloppement des lacs à la dégradation de leurs eaux, projets domiciliaires, condos, maisons de ville et complexes récréotouristiques s'entassent de plus en plus en bordure de nos plans d'eau.
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