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Les vieilles filles anglaises nous
donnent une leçon d'écologie
Tony Le Sauteur

En bordure d'un lac, la pollution n'est pas le seul tort fait à la nature. Arracher la végétation arbustive, abattre des arbres ou remblayer les eaux peu profondes sont autant de gestes isolés et bénins en apparence, qui contribuent tout comme la pollution, à simplifier les écosystèmes, c'est-à-dire à rompre l'équilibre des milieux physiques et biologiques d'un lac.

L'homme de la rue conçoit difficilement qu'il existe, dans la nature, une interdépendance entre les divers organismes vivants, de même qu'entre les organismes et leurs habitats respectifs. Dans l'introduction à son Précis d'Écologie, R. Dajoz, du Muséum national d'histoire naturelle de France, donne un exemple anecdotique de la complexité des rapports entre les plantes, les animaux, leurs habitats et l'être humain.

Dajoz nous rappelle d'abord que Darwin, dans l'Origine des Espèces, écrivait que le bourdon assurait, seul, la pollinisation du trèfle rouge «parce que les autres abeilles ne pouvaient en atteindre le nectar». Par ailleurs, nous dit Dajoz, le nombre de bourdons dépend, dans une grande mesure, des mulots qui détruisent leurs nids. La population de mulots, à son tour, dépend du nombre de chats pour lesquels ils sont une proie de choix. Les chats assurent donc la survie du trèfle rouge. Et, comme le trèfle rouge «sert de nourriture au bétail et que les marins mangent surtout de la viande de bœuf» ajoute Haeckel, un deuxième auteur cité par Dajoz «les chats contribuent à faire de l'Angleterre une grande puissance maritime». Dajoz termine sa savoureuse démonstration en citant un dernier auteur, Thomas Huxley, selon qui «les vieilles filles anglaises, en raison de leur amour immodéré pour les chats, seraient à l'origine de la puissance de la marine anglaise». Une interdépendance existe donc entre le trèfle rouge, les bourdons, les mulots, les chats, le bœuf, les marins et les vieilles filles anglaises. Qui s'en serait douté?

Dans un lac, les maillons de la chaîne d'interdépendance entre les plantes et les animaux, de même qu'entre les animaux eux-mêmes, sont inséparables. Tout aussi inséparables sont les maillons qui unissent l'homme et le lac. Mais ça, on préfère l'ignorer!

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