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Wallace Le Sauteur
n'était pas le premier Jèrriais à se rendre à
la Côte , loin de là, ni
le dernier. Les Jersiais fréquentaient déjà la
Côte de la Gaspésie au
XVIe siècle, mais
ce n'est qu'après le traité de Paris, en 1763, au
moment où la France laissa tomber le Québec, que les
Jersiais purent s'établir en toute liberté et en plus
grand nombre sur les côtes de la Gaspésie. À
partir de 1930, peu de Jersiais vinrent en Gaspésie. Ce fut
pour ainsi dire, la fin de l'émigration jersiaise à
la Côte. Nous savons peu de
choses sur les circonstances précises entourant le
départ de Wallace Le Sauteur, de Jersey, ou de son
arrivée à Gaspé. Mais, il existe de nombreux
documents historiques qui décrivent la vie de ces hommes
courageux. Après en avoir consulté plusieurs, nous
sommes arrivés à dresser un tableau de la petite
histoire des Jersiais qui, comme Wallace Le Sauteur, quittèrent
leur île pour s'installer au Tchubec (Québec).
À la
Société de généalogie et d'archives de
Rimouski (SGAR), on trouve, sur une chaise, une plaque à la
mémoire de Wallace Le Sauteur et de son épouse,
Appoline Réhel, originaire de Cap-D'Espoir.
Hommage
à Wallace Le Sauteur
  
The above illustration, by Geraint Jennings, Jersey,
was borrowed from the book The Sea was their Fortune.
Les Jersiais étaient des naviguants
et des pêcheurs de morues (mothues). Quand
ils quittaient Jersey, c'était pour se rendre à la
Côte c'est-à-dire en
Gaspésie, provînce dé
Tchubec (Québec). Un grand nombre
s'établissaient à la Côte de façon
permanente. Tout Jersiais rêvait
de faire fortune sur la côte de Gaspé. Le droit
d'aînesse était aussi une des raisons de l'exode des
jeunes Jersiais vers la Côte de Gaspé. Wallace Le
Sauteur était effectivement le plus jeune d'une famille de 8
enfants. Il avait 14 ans au moment de son arrivée à Gaspé.
The most probable reasons for Wallace (and his
brother Edouard) to leave Jersey for Gaspesia was the
"disappearance of sail, that caused the practice to cease. When
sail was replaced by steam, it became expensive to provide passage
for the recruits and, in somes cases wives and families". Jersey
had been the third largest ship-building port in the British Isles up
to 1880. In addition, Jersey was suffering from the aftermath of the
1870 Franco-Prussian War, and times in the Channel Islands were hard
indeed, thus causing or forcing a considerable migration from Jersey
to Australia, New Zealand, Canada and a few to England.
On a une bonne idée de la fréquence
des voyages des Jèrriais vièrs la
Côte quand on sait qu'en 1869, au
moment de la naissance de Wallace Le Sauteur, "the Canadian
fishing stations of Gaspé and Pasbébiac were owned by a
Jersey firm of Charles Robin and Co, who had a fleet of over 450
vessels that made regular trips between Jersey and Gaspé". Tous
les magasins jersiais de la Gaspésie faisaient alors le
commerce du poisson. La morue était séchée et
expédiée outre-mer. "
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Des protestants au Tchubec!
Dans bien des cas, les Jèrriais qui se
rendaient à la Côte revenaient à Jersey,
après une période d'apprentissage de cinq ou six ans, habilys
comme au Dînmanche. D'autres ne revenaient jamais,
préférant se marier à des
Cannadgiennes-Françaises et changi d'religion. Mais ils ne
changeaient pas tous de religion. Leur seule obligation, en mariant
une Canadienne française, était de s'engager à
éduquer les enfants dans la religion catholique. C'est le cas
de Wallace Le Sauteur, qui maria une jeune catholique Canadienne
française de Mont-Louis, Appoline Réhel, tout en
conservant sa foi anglicane. Les enfants ont été
éduqués dans la foi catholique, bien sûr, sauf
Béatrice et Ernest, qui ont été
éduqués par leurs tantes, Clara et Marie Jane, propriétaires d'une
école pour jeunes filles sur New Street,
à Saint-Hélier, dans l'île de Jersey.
Certains Jersiais étaient bien tentés
de jouer d'astuce pour contourner cette règle. Ainsi, Joseph
Avoin/Avoine épouse, en 1813, Mlle G. Vézina, à
l'église catholique et en 1816, la même femme à
l'église presbytérienne de Québec. Né
v'la eune drôle d'affaithe, est-che pon?
Mais il n'y avait pas que des
protestants parmi les Jèrriais. On trouvait aussi quelques commerçants
catholiques. Dans un Héritage Normand sur la côte de Gaspé,
l'auteur, P. John P. Le Garignon, s.m., rappelle que certains
Jersiais catholiques, dont les Le Boutillier, dans Gaspé-Nord,
«ne se gênèrent pas pour exploiter à
outrance le fait qu'ils étaient catholiques», pour
soutenir le clergé alors en lutte contre le protestantisme
jersiais et en tirer des avantages commerciaux.
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La langue jèrriaise au Québec, en 1840
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En 1840, les Jersiais
étaient tellement nombreux en Gaspésie, que leur
langue, le Jèrriais, était parlée couramment de
Rivière-au-Renard, près de Gaspé, jusqu'à
Paspébiac, dans la baie des Chaleurs.
Dans son livre, JÈRRI JADIS,
George F. Le Feuvre décrit bien la situation: "la
langue Jèrriaise sé faîsit ouï pus
qu'l'Angliais et l'Français tout l'tou d'sa côte
dépis la Riviéthe ès R'nards au Nord
jusqu'à Pasbédgria dans l'Sud".
Dans la «Revue d'Histoire et
de traditions populaires de la Gaspésie /La présence
Jersiaise en Gaspésie», P. John P. Le Garignon, s.m.,
nous apprend que les Jersiais participaient à deux cultures,
l'anglaise et la française tout en étant fiers de
conserver chu langage et cette identité nouormande tchi
fait acouo l'ordgi d'Jèrri. Ils étaient trilingues.
John LeGros, raconte, lui, que «le contrôle social
exercé par les Robin, sur la côte de Gaspé,
reposait aussi sur la langue jèrriaise». Un autre
Jersiais, moussieu Le Gresley, dévoile, lors d'une
entrevue, que «le personnel des magasins Robin et Le Grand
employaient la langue jersiaise afin que les habitants, qu'ils soient
français ou anglais, ne comprennent mot aux échanges
entre les commis». «Ne fut-ce le déclin des
compagnies jersiaises», ajoute-t-il, «le Jèrriais
eût survécu».
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NE L'OUBLIEZ PAS!
Nos ancêtres parlaient
le jèrriais!
Et, pas si loin en arrière! |
Dans mes contacts avec les
Jersiais du Québec et d'ailleurs, j'ai découvert que la
plupart ne réalisaient pas que leurs ancêtres
établis au Québec, dans la péninsule de la
Gaspésie, parlaient jèrriais, comme à Jersey.
Récemment, un Québécois pure laine, à qui
je parlais de l'importance de la présence jersiaise en
Gaspésie, m'a fait une remarque qui en dit long sur la
perception que les Québécois peuvent avoir, même
encore aujourd'hui, des Jersiais qui ont peuplé le côtes
gaspésiennes pendant près de quatre siècles:
c'était des Anglais! Cette remarque m'a profondément
choqué! En fait, j'ai réalisé que cette fausse
impression était plus répandue que je ne le pensais
puisque, de nos jours, la plupart des descendants des grandes
familles jèrriaises de la côte de Gaspé
s'étonnent d'apprendre que la langue de leurs ancêtres
n'était pas l'anglais. Voilà pourquoi j'ai
décidé de faire cette mise au point.

Les Jèrriais
étaient des descendants de Normands et n'avaient jamais
renoncé ni à leurs coutumes ni à leur langue. La langue
officielle de Jersey, celle des documents légaux et la langue
écrite, a toujours été le français! Mais
le Jèrriais était la langue parlée. En 1840, au
moment où le Jèrriais s'imposait comme langue dominante
sur la côte de Gaspé, le français était la
langue d'enseignement dans toutes les écoles de Jersey. Ce
n'est qu'en 1912 que l'anglais fit son apparition dans les
écoles de Jersey, au moment où l'école fut
rendue obligatoire. La langue française a quand même
continué d'être la langue officielle de Jersey,
jusqu'en 1960.
Il ne fait aucun doute que mon
grand-père, Wallace Le Sauteur, né en 1869, à
Jersey, est de famille jèrriaise. En 1883, quand il arrive en
Gaspésie, il parle jèrriais. En 1901, au moment du
recensement du gouvernement du Canada, alors qu'il vit à Saint-François-Xavier-de-Batiscan,
près de Trois-Rivières et parle sûrement anglais
dans sa vie professionnelle, il déclare tout de même,
que sa langue maternelle est le français, et c'est en
français qu'il décrit sa profession: teneur de livres.
Arrivés en
Gaspésie, en terre française, les Jèrriais ont
pu établir une communauté jèrriaise forte et
parler le jèrriais, comme à Jersey. Le
seul endroit, en dehors l'Île, où la langue
jèrriaise s'est imposée. Et
quand, en 1964, George Le Feuvre fait un dernier pélerinage
pour retracer le parcours des familles jersiaises, c'est souvent en
jèrriais qu'il s'entretient encore avec les Jersiais nés
à Jersey et qu'il retrouve en Gaspésie. Le
jèrriais, la langue de nos ancêtres, était encore
parlée, en Gaspésie, en 1964!
Tony Le Sauteur
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