HISTORIQUE













 

La présence jersiaise en Gaspésie
Olivier - Le Gresley - Le Gros - Michel - Manning - Becquet - Le Garignon


 Témoignage de monsieur Olivier

M. Hamon l'accepta comme apprenti-commis chez Robin, sur la recommandation de son principal d'école, et le 26 mars 1913, il débarqua à Paspébiac où, pendant 3 semaines, on le retint comme balayeur de planchers. Il passa ensuite deux ans à Bonaventure. En 1915, nommé à Cape Cove, il y rencontra sa future épouse, Mlle LeGrand, de souche jersiaise (la soeur de M. Frank LeGrand bien connu pour son travail chez Robin de Rivière-au-Renard).

Après un séjour d'un an et demi à Bonaventure il fut envoyé à Natashquan, "terre de vigneaux", et subséquemment "terre de Vigneault". À cette époque, quatre magasins Robin existaient sur la côte Nord du fleuve à Natashquan, Magpie, Long Point, Saint-Jean. Le commerce du poisson, selon M. Olivier, était la source du revenu sur la Côte Nord, à cette époque comme partout ailleurs pour les Robin; le poisson était la raison d'être des magasins Robin et ce, jusque vers 1935. M. Olivier vint plus tard à Barachois, puis il fut envoyé à Malbaie et retourna, en 1919 sur la Côte Nord, à Magpie cette fois. Il remplaça divers commis en différents postes de 1919 à 1926. M. Olivier est nommé gérant à Barachois en 1926, se marie en 1927 et demeure à ce magasin jusqu'en 1957.

De 1920 à 1930, le bureau-chef à Paspébiac employait 4 ou 5 fermiers dont un M. Camiot était le fermier-en-chef. De fait à Paspébiac, la Compagnie avait un plus grand nombre d'employés et plus de terrain qu'ailleurs, ayant hérité d'anciens droits seigneuriaux. Il en est ainsi mutatis mutandis de Grande-Rivière et de Sainte-Adélaïde de Pabos. Les bâtiments de la Compagnie comprenaient, à part le magasin et la maison du groupe des employés, un magasin de salaison, un autre pour la réserve du poisson salé, un autre pour le poisson "vert" et enfin une construction rudimentaire où les pêcheurs mangeaient et dormaient même parfois et qui s'appelait "cookroom". Le poisson s'expédiait en Italie et aux États-Unis. Robin pouvait s'approvisionner auprès des autres producteurs de poisson en Gaspésie. Partout où il trouvait un marché convenable, il vendait et son commerce était le plus prospère de son genre à la Côte.

Les gérants étaient toujours des Jersiais et donc des protestants, comme il était habituel dans les traditions des compagnies jersiaises. La religion protestante des gérants est aussi, selon notre interlocuteur, chose très normale. En effet, quoi de plus naturel aux compagnies jersiaises et aux gens qu'elles amenaient au pays que de poursuivre leur objectif commun d'une société à caractère protestant imbue de traditions et de coutumes jersiaises.

Monsieur Olivier avance aussi le fait que le poisson était le seul commerce vraiment lucratif des Robin. Les magasins ne rapportaient aucun profit: "Cod was the God of the Jerseymen", autrement dit: "Cod was the gold of the Jerseymen" à la Côte. Aucune autre activité n'y fut encouragée pendant un siècle et demi. Qu'il est cruel à nos oreilles ce vieux dicton: "L'éducation d'un Jersiais à la Côte ne dépasse pas la distance qu'il y a entre la tête et la queue d'une morue".

 Témoignage de monsieur Le Gresley

Ce dernier naquit à Sainte-Brelade (Jersey) et passa son enfance à Saint-Ouën. II fréquenta l'école Oakland House, dont le principal du temps était M. LeRiche, et s'embarqua pour le Canada à 14 ans. Il avait été orienté dans son choix par un ami de la famille, M. LeCouteur, qui connaissait aussi M. LeGrand. Cette offre d'emploi à la Côte attira l'émigré, qui entra au service de M. George LeGrand pour une période de 5 ans au salaire de 60 livres sterling. Ce montant était supérieur de 5 livres à celui qu'offraient les Robin et sourit davantage au jeune Jersiais. Un autre facteur joua également en faveur de sa décision. C'était une expérience et des dépenses que le jeune LeGresley a su éviter en acceptant l'offre de M. LeGrand chez qui il demeura pendant la durée de son contrat. Après quoi, il reprit le chemin de son île d'où il revint plus tard comme propriétaire d'un magasin général qu'il maintint jusqu'à son entrée en office comme shérif de NewCarlisle. Le jeune LeGresley émigra au Canada pour se frayer un chemin dans la vie. Le droit d'aînesse était de rigueur en Jersey et à son frère revenait en héritage, la ferme de ses parents.

Monsieur LeGresley se souvient que le personnel des magasins Robin et LeGrand employaient le "Jèrriais" ("Jersey French") afin que les habitants, qu'ils soient français ou anglais, ne comprennent mot aux échanges entre les commis. Nous apprenons aussi de la bouche de M. LeGresley que le "trilinguisme" était courant dans le système commercial de la Gaspésie. Ne fût-ce le déclin des compagnies jersiaises le "Jèrriais" eût survécu. Une analyse linguistique des mots et expressions propres à la Gaspésie jetterait beaucoup de lumière sur ce point.

Le témoignage de M. LeGresley mentionne les conditions gênantes de voyages des employés Robin contraints d'acheter et de transporter leur matelas et leur literie lorsqu'ils déménageaient d'un poste à un autre. La banalité de ce fait n'enlève rien à la lumière qu'il jette sur la façon de s'enrichir des Robin. Le soin accordé aux plus petits détails inspirait aux habitants de la Côte le respect du génie financier des gérants des Robin. Monsieur Clark, dans son livre "Sketches of the Gaspé Coast", va jusqu'à dire que, dans les maisons du personnel (staff houses), un menu était déterminé par les autorités pour CHAQUE REPAS de la semaine.

 

 Témoignage de monsieur Le Gros

 M. LeGros naquit en Jersey, et fut élevé à Southampton. Il arriva à Gaspé en 1920 et travailla pour les Robin, à Cape Cove, pendant les premières années de son séjour au pays. Monsieur LeGros travailla successivement ensuite à Anse-à-Beaufils et à Sainte-Adélaïde, autrefois Anse-aux-Basques à cause des Basques qui y faisaient la pêche. En 1924-25, il était à l'Anse-au-Griffon (Griffon Cove pour les anglais). Il demeura, par la suite, à plusieurs endroits et, en 1936, se maria à New Port. Quand, en 1946, la Compagnie était en difficultés financières, M. LeGros retourna à Paspébiac où il fut nommé assistant du gérant général. En 1963, il est gérant général, poste qu'il occupa jusqu'à sa retraite. M. John LeBreton est son assistant durant cette période et lui succède dans sa charge avec le titre de "président" plutôt que "gérant-général" ou "directeur-gérant".
En 1920, M. LeGros était lié à la Compagnie par un contrat de 4 ans et son salaire était de 80 livres (la livre sterling valait à ce moment environ $4.00). Il était, dit-il, bien nourri et bien logé par la Compagnie, et comme tout le monde, devait aller à l'église tous les dimanches. La Compagnie, selon lui, privilégiait la frugalité, le bilinguisme et la fidélité à l'identité jersiaise (ses employés étaient surtout des Jersiais); c'était, dit-il, la clef de leurs succès.

M. LeGros souligne l'importance du sel venant du Portugal et de l'Espagne. La salaison de la morue exigeait un produit salin d'une qualité cristalline spéciale provenant de l'évaporation de l'eau de mer et disponible surtout dans les pays cités plus haut. Des vaisseaux portugais et espagnols chargés de sel, arrivaient à la Côte au mois d'avril et reprenaient la mer en août avec des cargaisons de poisson salé.

Mentionnons aussi que la fréquentation dominicale d'une église ne faisait loi qu'en des endroits dotés d'un temple anglican ou protestant. M. LeGros signale ce point lorsqu'il soutient que Hymann n'appliquait pas ce règlement à cause de la différence d'environnement social, et l'on pourrait sans doute en dire autant pour LeBoutillier et pour Fruing. Il n'y avait en effet, ni église anglicane ni église protestante dans la plupart des villages où ces compagnies avaient des établissements; elles n'avaient donc pas les mêmes exigences religieuses que les Robin, en ce qui a trait aux contrats d'emploi; un catholique pouvait s'y embaucher.

 

 Témoignage de monsieur et madame Michel

Ce couple nous fera connaître un nouvel aspect de la vie gaspésienne à cette période de l'histoire: il s'agit de l'agriculture. M. Michel arrivait de Jersey en 1913 comme fermier, engagé par la compagnie Robin et sous contrat pour deux ans et demi. Il se rappelle qu'à ce moment Messieurs Collas et Mauger travaillaient au bureau de Jersey et que Monsieur Hamon, le gérant général, y passait ses hivers. En 1913, le fermier chez Robin gagnait $15.00 par mois plus le gîte et le couvert. Les menuisiers, les forgerons et les fermiers étaient mieux rémunérés que les apprentis-commis et cela pour les raisons suivantes: ils étaient déjà formés à leur métier, le travail de la terre, dur et ingrat, était plus ardu qu'à l'Île de Jersey, et de plus, limités par leur métier, ces hommes n'avaient pas de possibilité d'avancement. Par ailleurs, ils étaient liés par un engagement semblable à celui des commis, et ils devaient s'en acquitter coûte que coûte. Le fermier des Robin était obligé de voir à la subsistance des employés en faisant produire la terre; il devait aussi avoir soin des chevaux et du bétail.

Monsieur Michel s'enrôla dans l'armée canadienne en 1915 et y resta jusqu'en 1919 où il revint au pays et servit à Paspébiac et Grande-Rivière. En 1930, comme le système agricole de la compagnie tendait à disparaître, M. Michel fut promu à un nouvel emploi. Il devint "beach master" à Grande-Rivière et servit la compagnie avec la même fidélité qui l'avait caractérisé comme "head farmer". Le "beach master" avait pour rôle d'inspecter le travail de la "grave" et d'en faire rapport aux Robin. Il voyait ainsi aux intérêts de la Compagnie.
Le mot "beach master" est une traduction de l'adaptation du terme français de "maître de grave" en "maître de grève". En ces années, Robin avait 20 bateaux ("barges") de pêche à Grande-Rivière et beaucoup de gens étaient employés à la "grave".

M. Michel décrit sa vie de travail avec les Robin en ces termes: "24 hours a day, 7 days a week, overtime and no pay". Son ouvrage comme toute la vie de ce temps-là, était sans complication. Le fermier soignait le bétail et cultivait son jardin comme s'il en avait été le propriétaire: la viande coûtait 0.10 la livre, les oeufs 0.10 la douzaine et le beurre 0.18 la livre: et cependant, selon lui: "One did a living as well as to-day".

M. Michel nous décrivit les goélettes qui arrivaient au printemps; les marins travaillaient à la grève où ils réparaient leur bateau pendant l'été, et l'automne venu, repartaient pour l'Europe avec une cargaison de poisson. La dernière de ces goélettes, selon M, Michel, portait le nom de E.J.B., initiales de la femme de M. Bouillon: Eliza Jane Bisson.

Deux points d'une certaine importance ressortent de l'interview avec M. Michel:

a) la vie heureuse des Jersiais de la Côte à cette époque, et;
b) la date historique (1965) de la fin de la pêche jersiaise le long de la Côte de Gaspé.

 Témoignage de monsieur Manning

M. Bert Manning fait aussi partie de la petite communauté jersiaise de Paspébiac, avec M. et Mme Michel, M. LeGros et M. Olivier. M. Manning naquit à Sainte-Marie (Jersey). Il vint au Canada en 1916 et fut bientôt envoyé à Port-Daniel par Robin. En 1917, nous le trouvons à Percé et à l'automne de 1918, à Gascons. Il revint ensuite à Paspébiac où il demeura jusqu'en 1920. Par la suite, on le retrouve à Port-Daniel, à la Côte Nord et à Rivière-au-Renard. En 1924, il rentre à Jersey, et occupe la fonction de comptable chez J.W. Huelin pendant un an. Au printemps de 1926, il est de retour chez Robin à Paspébiac. Après son mariage en 1928, il est envoyé à la Côte Nord, et, comme gérant à Magpie, il lui incombe de fermer définitivement le magasin de cet endroit en 1930. II se souvient des quatre goélettes de pêche de la Compagnie Robin. Elles avaient pour noms: "Coronation", "Paspébiac", "Speedy", et "E.J.B.".

M. Manning était parfois chargé de la classification du poisson qui venait des vingt et un magasins de la compagnie et dont il fallait remplir les bateaux d'expédition. II y avait trois catégories de poisson: la première était destinée à l'Europe, la deuxième à l'Amérique du Sud et la troisième était vendue aux Indes ou servait à l'approvisionnement d'hiver des pêcheurs de la Côte de Gaspé. Cette classification se faisait sur le pont du bateau, à l'automne. Le travail était dur à cause des intempéries. Pour se réchauffer, on allait, à la demi-heure, boire une tasse de café.


 Témoignage de monsieur Becquet

M. John Becquet naquit à First Tower (faubourg de Saint-Hélier). Il arriva au Canada le 26 mars 1913 et s'engagea à contrat pour 5 ans, avec salaire de 50 livres sterling, à la Compagnie Robin. Cette Compagnie lui était déjà connue, car sa mère était la cousine de M. Hamon, gérant, et il avait subi les examens d'entrée chez Robin avant son départ de chez lui. M. Becquet n'a pas le souvenir précis des dates, mais il est certain d'avoir d'abord travaillé pendant deux ans sous la gérance de M. Briard à Paspébiac. Il passa ensuite un hiver à Percé; un autre à Sainte-Thérèse, trois étés à Natashquan (Côte Nord) avec séjour hivernal à Paspébiac et à Gaspé, où il est au service de M. Valpy. II alla subséquemment à Chéticamp pour trois ans comme comptable, et à la suite, devint gérant à Ste-Thérèse pendant 15 ans. Et enfin, il resta six ans et demi à LaMecque (Île Shippagan, N.-B.) avant de quitter la compagnie.

Son contrat d'apprentissage existe encore aujourd'hui. M. Becquet nous donne de la condition des pêcheurs, la version suivante:

Au printemps, la Cie leur avançait de l'argent et elle pourvoyait à leur nourriture pendant l'année. Si la saison de pêche était mauvaise, les pêcheurs devaient sacrifier leur propriété et payer également intérêts sur leur crédit.

Pendant la belle saison on engageait de la main-d'oeuvre locale ou de l'extérieur. Ces employés demeuraient dans le "cookroom" de la Compagnie; ils y couchaient et y prenaient les repas que leur préparait le cuisinier de Robin. On les appelait les "shore men" ou "beachmen" et leur pitance leur provenait aux 7 jours, soigneusement préparée par les commis pendant les soirées de la semaine précédente. Le sac de provision contenait:

- 3 lb de lard salé.

- 1/4 de gallon de farine (1 pinte).

- 3 lb de pois ou fèves.

- 1/4 de gallon de mélasse.

- 10 lb de biscuits de mer.

- 1/4 lb de thé.

- Un peu de sucre et du beurre.


M. Becquet se souvient que le gérant faisait toujours provision d'un tonnelet de rhum pour son usage personnel, et que les commis devaient occuper le premier banc à l'église, tous les dimanches.


 Témoignage de monsieur Le Garignon

M. LeGarignon (le père de l'auteur) naquit le 6 octobre 1912 dans la paroisse de St. Peter (paroisse catholique romaine de St-Mattieu). Il était de la troisième génération des LeGarignon à l'Île Jersey et conservait encore sa citoyenneté française. Les LeGarignon venaient de Gomench près de Tréguier en Bretagne. M. LeGarignon partit pour le Canada en qualité de commis de magasin, mais il reçut le salaire donné au commis de bureau. Le contrat d'une durée de quatre ans stipulait que le commis devait servir fidèlement et notait que la Compagnie en assumait la responsabilité. On lui accordait pleine pension, frais de médecin et le voyage aller-retour en Jersey aux frais de la Compagnie. Notre jeune homme parti pour le Canada avec son frère John, en 1930.

M. George Amy et M. Clem Challinor étaient également du voyage. Ils s'embarquèrent à bord du S.S. Ascania à Southampton et voguèrent vers Halifax; à cet endroit, ils montèrent dans le train pour Gaspé qu'ils atteignirent via Campbellton. Leur première nuit à Gaspé fut passée à l'Hôtel Baker, et le lendemain matin ils traversèrent la Baie de Gaspé en carriole sur la glace pour atteindre le bureau-chef de la Compagnie Hymann et Fils, situé au Havre de Gaspé. Il fit en tout quatre voyages à Jersey: en 1949, en 1964, au printemps de 1971 et à Noël 1974.

Quand M. LeGarignon arriva au Canada, le commerce du poisson était encore au stage du "hand barrow" (boyart - genre de brouette sans roue, avec deux brancards qui servait à transporter le poisson). On posait le boyart rempli de poisson sur un plateau de la balance; sur l'autre le marchand plaçait des pierres en poids égal à la pesanteur du boyart et il restait 56 lb de poisson séché.

 À partir de 1930, peu de Jersiais vinrent en Gaspésie. Ce fut, pour ainsi dire, la fin de l'émigration jersiaise à la Côte. Beaucoup de ces émigrants entrent dans une des catégories suivantes:

Premièrement, ceux qui sont venus comme fermiers, forgerons ou travailleurs de "graves" (M. l'Abbé Félix Gagné, aumônier au Sanatorium Ross de Gaspé, nous dit qu'aujourd'hui encore à Paspébiac et dans les environs, un point de comparaison est souvent évoqué chez les cultivateurs, les forgerons et les menuisiers: "Je peux faire mieux que les Jersiais"). Leur habileté et leur dextérité au travail, les "tours" appris lors de leur éducation en Jersey, sont admirés et souvent inégalés de nos jours.

Deuxièmement; le groupe des commis de magasin, qui, pour la plupart, ont réussi dans la vie.

Troisièmement: le groupe des LeBoutillier, LeGros, LeBreton, Brideaux, etc., ces gens s'intégrèrent réellement à la société canadienne et y réussirent grâce à leur travail persévérant.
 

Le Cie Robin J. & Whitman était reconnue à ce moment pour sa politique de ségrégation contre les catholiques: les autorités de la Cie craignaient l'influence du clergé catholique: elles croyaient que d'importants renseignements, i.e. les profits locaux de la Cie, pouvaient être révélés dans les rapports d'amitié curé-paroissiens ou encore par le sacrement de pénitence et l'ouverture de conscience. Ceci concernait les emplois majeurs de gérant ou chef-commis.

Un contrôle sévère était exercé sur les employés en ce temps-là autant chez les Hymann que chez les Robin. On devait se comporter selon certaines normes. M. LeGarignon lève le voile sur ce contrôle dans une anecdote très ingénue en soi: en 1932, à cause du Krach, les compagnies craignant des vols, avaient établi une surveillance des magasins. Deux employés devaient y coucher tous les soirs. Un soir, quand ce fut le tour de M. LeGarignon et de M. Francis Terrin à Rivière-au-Renard, ceux-ci décidèrent de jouer un tour à M. Jack Hymann, qui était responsable des jeunes gens (M. LeGarignon avait 19 ans) lorsqu'ils étaient de service. Les deux gardiens de nuit entrèrent subrepticement dans le magasin vers 8h.30. Vers 9h.30 ou l0h.00, Jack Hymann, à son poste, à l'extérieur, par une température de - 20°F, attend patiemment l'arrivée des deux gardiens qui, de l'intérieur, le regardent faire les cent pas devant un édifice qu'il croit sans surveillance. Vers 2 - 3 heures du matin, la "sentinelle" décide enfin d'avertir le gérant de l'absence inusitée des deux gardiens. Celui-ci répond que Messieurs LeGarignon et Terrin lui avait téléphoné du magasin à 8h.30 pour l'assurer qu'ils veillaient fidèlement sur les biens de la Compagnie. Le fait fut rapporté au président, Monsieur Percival Hymann, en même temps que d'autres incidents cocasses. M. LeGarignon fut envoyé "réfléchir" pendant trois mois à Grande-Grève, un des postes les plus isolés de la Compagnie. Celle-ci ne tolérait pas les plaisanteries; on pouvait se considérer chanceux de n'être pas renvoyé en Jersey pour peu que l'on afficha quelque force de caractère.

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