Plan type de gestion de la pêche

Lac Barnes Page 4

Les affluents

La partie inférieure de la carte bathymétrique du lac Barnes indique la localisation précise des 3 affluents que j'ai visité dans le cadre du plan de gestion de la pêche.

Lorsqu'ils coulent sous un couvert forestier naturel, et qu'ils sont bien protégés contre les chauds rayons du soleil, les cours d'eau qui se déversent dans le lac (les affluents) accusent habituellement des températures de 10 à 15ºC inférieures aux températures rencontrées à la surface des eaux du lac. Ces cours d'eau jouent donc un rôle important dans le contrôle du réchauffement des eaux, le pire ennemi des truites. Pour qu'un lac puisse conserver de bonnes conditions de vie, il est essentiel que la végétation naturelle de tous ses affluents soit bien protégée, de façon à ce que les eaux puissent conserver leur fraîcheur. Il faut aussi voir à prévenir la création de foyers d'érosion et à s'assurer que les affluents ne charrient pas de sédiments et de matière organique en quantité excessive vers le lac, ce qui aurait pour effet d'augmenter considérablement le taux de surfertilisation des eaux du lac et d'accélérer son vieillissement.

 

Les conditions de vie de l'affluent 1.

Ce cours d'eau coule dans un milieu forestier ouvert où le soleil pénètre considérablement. Près de l'ancien barrage de castors, la température de l'eau était de 20,5ºC alors que dans le lac, en surface, elle était plus chaude à  23,5ºC. Malgré qu'il s'agisse d'un milieu ouvert, ce cours d'eau contribue encore à rafraîchir les eaux du lac. Côté érosion, ce ruisseau ne pose pas de problème.

Les conditions de vie de l'affluent 2.

Cet affluent coule dans un milieu naturel bien protégé contre les rayons du soleil. À environ 100 pieds de son embouchure, la température de l'eau était de 14,4ºC, seulement, alors qu'elle atteignait 23,5ºC à la surface du lac. Ce ruisseau contribue donc clairement à rafraîchir les eaux du lac. Là encore, on ne trouve pas de foyers d'érosion.

Les conditions de vie de l'affluent 3.

Ce ruisseau coule lui aussi dans un milieu forestier bien protégé contre les rayons du soleil. À 100 pieds de son embouchure, la température était de 15ºC, seulement, alors qu'elle atteignait 23,5ºC en surface du lac.  

Quelles espèces de truites faut-il ensemencer?

Malgré l'importante déficience en oxygène que l'on trouve dans les grandes profondeurs en période critique, le lac Barnes demeure un lac qui peut facilement soutenir des populations de truites et satisfaire les pêcheurs les plus exigeants. Il faut rappeler qu'en dehors de la période critique, c'est-à-dire au printemps, au début de l'été et à l'automne, les conditions de vie s'améliorent considérablement et sont encore plus favorables aux salmonidés.

Pour déterminer quelles espèces de truites le lac Barnes peut soutenir, il faut tenir compte de la température, des concentrations d'oxygène et du degré de compétition entre les différentes populations de poissons présentes dans le lac.

    Température. Le lac Barnes rencontre les exigences de quatre espèces de truites: la brune, l'arc-en-ciel, la mouchetée et la grise. On peut plus facilement en juger en examinant le tableau des zones de confort pour chacune de ces espèces à la lumière des résultats du 3 août 1996.

     

Espèces

Zones de confort (ºC)

Brune

De 8,6 à 20

Arc-en-ciel

De 8,6 à 20

Mouchetée

De 8,6 à 20

Grise

De 7,0 à 13

    Oxygène. Le lac Barnes accuse une sérieuse déficience en oxygène à partir de 9 mètres de profondeur. Cette déficience n'affecte que la truite grise. En effet, à la profondeur où se situe cette déficience, se situe une partie de la zone de confort de cette espèce.

     

    Compétition. Les populations de truites font face à une sérieuse compétition au lac Barnes où elles doivent partager leur espace et leur nourriture avec plusieurs autres espèces de poissons. Il s'agit d'un lac compétitif, et il faut en tenir compte au moment de choisir une espèce à ensemencer.

Qu'en est-il de la mouchetée?

 Dans un lac compétitif comme le lac Barnes, les ensemencements de mouchetées donnent rarement de bons résultats, même si les températures et les concentrations d'oxygène lui conviennent. Cette espèce résiste très mal à la compétition, et elle est la première à disparaître, à la moindre variation dans les conditions de vie. C'est le drame qui se joue quotidiennement dans la plupart des lacs de villégiature.  

Qu'en est-il de l'arc-en-ciel?

De toute évidence, le lac Barnes est un lac pour la truite arc-en-ciel. Combative et vorace, cette truite s'adapte à toutes les situations et ne craint pas la compétition. C'est la seule espèce de truite, d'ailleurs, avec la brune, capable de tourner la compétition à son avantage. En effet, ce sont les espèces compétitrices qui lui assure sa nourriture et par conséquent, son taux de croissance élevé.

Pour les incrédules, rappelons que les spécialistes du Programme des lacs ont déjà capturé une truite arc-en-ciel de 19 pouces de longueur dont l'estomac renfermait une quinzaine de perchaudes. Voilà une découverte qui en dit long sur la voracité de cette espèce et ses possibilités de tourner la compétition à son avantage. C'était au lac Bromont, un lac d'une grande compétitivité, littéralement infesté de perchaudes et de brochets maillés. Qui dit mieux?

Qu'en est-il de la brune?

La brune ne craint pas la compétition, elle non plus. Mais c'est une espèce difficile à capturer. C'est dans la taille des spécimens plus que dans le nombre de captures qu'elle se distingue. Elle pourrait donner d'excellents résultats au lac Barnes, comme truite de trophée.

Et la grise?

Les conditions de vie que l'on trouve au lac Barnes nous portent à croire que la truite grise n'y est plus qu'une espèce marginale.

Dans les meilleures conditions, un lac «à grise» peut produire environ 0,5 kilo de truites grises par hectare. Le «quota naturel» d'un lac de la superficie du lac Barnes (83 hectares) serait donc de 41,5 kilos ou de 91 livres par année. Ce poids équivaut à un potentiel de 45 truites grises par année, d'un poids moyen de 2 livres ou à 30 grises par année d'un poids moyen de 3 livres. On n'ensemence de la grise que lorsque les prises excèdent le quota naturel. Dans les meilleures conditions, le potentiel du lac Barnes pour la grise n'offre rien de bien spectaculaire et ce n'est certes pas avec la grise que les pêcheurs du lac Barnes peuvent penser améliorer le rendement de la pêche sur leur lac.

Ajoutons que les politiques du ministère des Ressources  naturelles et de la Faune n'arrangent rien. Les pêcheurs sont encore placés dans l'obligation de remettre une bonne partie de leurs captures à l'eau pour des raisons qui demeurent obscures et que je conteste toujours.