On aime s'entendre dire que nous vivons au paradis de la
pêche, et c'est vrai! Il n'y a pas au monde de lacs plus
poissonneux que ceux du Québec. Et des lacs, nous en avons
pour les fous et pour les fins. Malheureusement ce paradis qui est le
nôtre ne profite qu'à une petite minorité.
La plus grande partie des territoires de pêche sont
loués à des amis des partis politiques ou à de
riches anglo-américains. Le peuple, le citoyen moyen, l'homme
de la rue n'a pour tout partage que les ruisseaux vaseux et les
rivières polluées où la barbotte règne.
Et ça c'est quand il peut s'approcher de ladite
rivière car habituellement, pour s'y rendre, il doit passer
sur le terrain de quelques grosses compagnies ou sur la terre d'un
cultivateur, à ses risques et périls!
Quant aux lacs du nord québécois, ce sont les seuls
qui soient à la disposition de monsieur Tout-le-monde. Mais,
ironie du sort, il n'y a pas ou à peu près pas de
routes pour s'y rendre. Et comme monsieur Tout-le-monde n'est pas
riche, vive la barbotte!
Alors qui s'y rend à ce fameux paradis qu'est le nord
québécois? En majorité de riches anglo-américains.
C'est tellement vrai que l'an dernier la revue américaine
Field and Stream décernait onze prix aux
pêcheurs qui avaient capturé les plus gros poissons au Québec.
Tous les gagnants, excepté un, étaient des
Américains. L'autre était un Canadien anglais. Aucun
Canadien français.
Voici la liste de ceux qui se sont mérités un prix
à même nos ressources naturelles.
Edward H. Hall
George V. McKinney
John McAdam
B. Brier
Stanley Karboski
G. O'Brien
George H. Stator
Lloyd V. McKinnet
Leonard Hartman
C.
Munson
E.
H. Cummings
Ne pouvant se payer le luxe d'un avion pour se rendre pêcher
ou n'étant pas membre d'un club privé, le Canadien
français moyen n'a qu'un endroit où aller s'il veut
contempler une truite de 5 ou 6 livres avant de mourir, la
pisciculture de Saint-Faustin où on en garde quelques-unes
dans des aquariums pour les touristes indigènes!
Nous ne serons vraiment maîtres chez nous que le jour
où nous pourrons nous aussi jouir pleinement de cette nature
enchanteresse qui nous appartient. Ce jour-là tous les lacs du
Québec seront alors accessibles au peuple qui pourra s'y
rendre sans restriction et, surtout, gratuitement!