USA Choice Counter


 




Le paradis
des anglo-américains

Tony Le Sauteur
Avril 1963

On aime s'entendre dire que nous vivons au paradis de la pêche, et c'est vrai! Il n'y a pas au monde de lacs plus poissonneux que ceux du Québec. Et des lacs, nous en avons pour les fous et pour les fins. Malheureusement ce paradis qui est le nôtre ne profite qu'à une petite minorité.

La plus grande partie des territoires de pêche sont loués à des amis des partis politiques ou à de riches anglo-américains. Le peuple, le citoyen moyen, l'homme de la rue n'a pour tout partage que les ruisseaux vaseux et les rivières polluées où la barbotte règne.

Et ça c'est quand il peut s'approcher de ladite rivière car habituellement, pour s'y rendre, il doit passer sur le terrain de quelques grosses compagnies ou sur la terre d'un cultivateur, à ses risques et périls!

Quant aux lacs du nord québécois, ce sont les seuls qui soient à la disposition de monsieur Tout-le-monde. Mais, ironie du sort, il n'y a pas ou à peu près pas de routes pour s'y rendre. Et comme monsieur Tout-le-monde n'est pas riche, vive la barbotte!

Alors qui s'y rend à ce fameux paradis qu'est le nord québécois? En majorité de riches anglo-américains. C'est tellement vrai que l'an dernier la revue américaine Field and Stream décernait onze prix aux pêcheurs qui avaient capturé les plus gros poissons au Québec.

Tous les gagnants, excepté un, étaient des Américains. L'autre était un Canadien anglais. Aucun Canadien français.

Voici la liste de ceux qui se sont mérités un prix à même nos ressources naturelles.

Edward H. Hall
George V. McKinney
John McAdam
B. Brier
Stanley Karboski
G. O'Brien
George H. Stator
Lloyd V. McKinnet
Leonard Hartman
C. Munson
E. H. Cummings

Ne pouvant se payer le luxe d'un avion pour se rendre pêcher ou n'étant pas membre d'un club privé, le Canadien français moyen n'a qu'un endroit où aller s'il veut contempler une truite de 5 ou 6 livres avant de mourir, la pisciculture de Saint-Faustin où on en garde quelques-unes dans des aquariums pour les touristes indigènes!

Nous ne serons vraiment maîtres chez nous que le jour où nous pourrons nous aussi jouir pleinement de cette nature enchanteresse qui nous appartient. Ce jour-là tous les lacs du Québec seront alors accessibles au peuple qui pourra s'y rendre sans restriction et, surtout, gratuitement!

Seach engine / Engin de recherche
Type a keyword  / Tapez un mot clé