
Côté environnement
J'ai
bien peur de devoir dire qu'il s'agit de quarante années
de recul. De la fougue des années 1960 où
l'on avait espoir de protéger
l'environnement et de réussir à
bannir le développement aveugle, nous sommes passés
au développement durable,
façon plus écologique, parait-il, de faire
du développement économique au nom de la protection
de l'environnement.
De nos jours, on peut se dire écolo, tout en favorisant le développement.
La belle affaire!
Paradoxalement, c'est
sous le règne de Marcel Léger, le fondateur
du ministère de l'Environnement
au Québec, que les premiers dérapages
sont survenus.
C'est
lui qui a mis l'accent sur l'action individuelle et
les gestes symboliques plutôt que sur l'action
collective, tuant d'un seul coup le vaste mouvement
de défense de l'environnement qui existait au
Québec et qui s'attaquait aux véritables
problèmes, à la source.
C'est
lui qui a complètement déresponsabilisé
le ministère de l'Environnement en se lançant
dans la déréglementation ad nauseam,
pour mieux responsabiliser nos grands pollueurs, disait-il.
De tous les programmes qui visaient à
aider les citoyens à lutter pour la protection de
leur environnement, il ne reste plus rien. La cause de l'environnement
n'est plus qu'une question de relations publiques. Bienvenue
à l'environnement
vaudou!
Côté
indépendance
Rappelons que les Canadiens français
formaient encore 80% de la population du Québec au début des années 1960.
Ils étaient les troupes de choc de la cause de l'indépendance. C'est ce qui les
a amenés,
d'ailleurs, à relancer le mouvement pour l’indépendance du Québec, au tout début de la Révolution tranquille. Une dernière mobilisation, un dernier coup de cœur, et ça y était.
Nous étions aux portes du Québec libre et français dont rêvaient tous les Canadiens français. J’ai été de cette dernière
bataille! Et me voilà, quarante ans plus tard, un
des derniers témoins de cette époque.
Il faut dire qu'à la différence des Québécois,
je me considère toujours comme un Canadien français.
Et, aujourd'hui, je dois malheureusement vivre dans un pays qui
n'est d'aucune façon le reflet de ce pourquoi je me suis
battu toute ma vie, tant sur plan
de l'indépendance que sur le plan de l'environnement.
Je
ne me sens plus chez moi ici! Je suis devenu un exilé
dans mon propre patrie.
Qu'est-il arrivé pour que
les Canadiens français acceptent si facilement d'abandonner
leurs racines et leur mémoire collective pour devenir
des Québécois? Trois choses: René Lévesque,
la souveraineté et la peur d'avoir peur.
La
souveraineté La souveraineté, c'est
un
peu comme le développement durable, un attrape-nigaud
pour les Québécois qui s'accommodent de tout et
de son contraire. «Autonomistes sans être indépendantistes
tout en étant des souverainistes», comme le disait
Jacques Parizeau. Tout le monde est
pour la souveraineté mais personne n'est capable d'expliquer ce que ça
veut dire.
D'autant plus que pour mieux l’adapter à la peur du moment, elle
est appelée à varier selon
les circonstances et les humeurs politiques. C'est ce que j'appelle
la souveraineté «à la carte». Il est
question que la souveraineté
entraîne la séparation d'avec le Canada? Abracadabra!
Nous allons conserver notre passeport
canadien, notre monnaie canadienne et même des députés
à Ottawa. Ou pour prendre un vieux cliché: un
Québec fort dans un Canada fort!
C'est pour justifier la souveraineté
que René Lévesque a créé la Nation Québécoise.
Une
nation hydroponique,
sans racines et sans identité propre.
«D'origine inconnue», diraient les généticiens. Les
Canadiens français se sont volontairement
effacés devant les communautés culturelles pour ne pas tomber dans l'ethnocentrisme,
la deuxième grande phobie de
René Lévesque, après la peur d'avoir peur. Malheureusement, il faut bien le dire, en
faisant disparaître les Canadiens français, René
Lévesque a tué la cause de l'indépendance.
Tout ça pour dire que je
ne me reconnais plus dans un Québec où les
Québécois agissent comme s'ils étaient
une minorité dans leur propre pays. Pire, comme une majorité
invisible!
La
République péquiste Ce qui m'amène à parler du modèle péquiste,
c'est-à-dire du gouvernement péquiste que nous avons eu sous les
yeux pendant de nombreuses années. À voir
ce gouvernement à l'oeuvre, je me disais souvent qu'il était
en train de nous donner une bonne idée de ce dont la
future
République du Québec pourrait avoir l'air. Malheureusement,
les péquistes on fait du good government un
exercice de démolition
de nos valeurs et de nos institutions Canadiennes
françaises ainsi que de notre mémoire
collective.
Aujourd'hui, j'exprime de sérieuses
réserves sur l'indépendance du Québec.
Mes réserves,
toutefois,
ne portent pas tant l'idée de l'indépendance
que les appréhensions que j'éprouve à la
seule pensée qu'un jour j'aurais
à vivre dans une République péquiste.
Qui veut d'une République
de démolisseurs? Pas moi!
Le
presque pays Je m'en voudrais de terminer ce chapitre
sans faire quelques prophéties sur l'avenir du Québec.
La peur d'avoir peur nous a fait dire non à l'indépendance,
à la souveraineté
et même à la souveraineté-association. Mais les
Québécois n'en continuent pas moins de clabauder
sur leur sort et de s'enliser dans une souveraineté de plus en plus virtuelle. Faute d'avoir eu
suffisamment de courage pour se prendre en main,
les Québécois se sont donnés tous les attributs
d'un pays souverain: une Assemblée nationale, des Routes
nationales, des Parcs nationaux, une Bibliothèque nationale
et une Capitale nationale. Nous sommes prêts, parait-il,
à poser d'autres gestes de souveraineté. Nous
avons déjà le budget de l'An 1. Suivra bientôt,
la Constitution du Québec. Les Québécois
sont-ils en train de volontairement s'emmurer dans un «presque pays»?
J'ai emprunté cette expresssion d'André d'Allemagne.
C'est le titre d'un de ses tous derniers livres publié
par Lanctôt Éditeur.
J'ai bien l'intention de continuer de lutter pour la cause de l'environnement jusqu'à
mon dernier souffle, malgré les difficultés, les
entourloupettes et les écrans de fumée. Mais pour moi, l'aventure de l'indépendance
est terminée. Elle s'est terminée,
je le réalise maintenant, avec
l'arrivée de René Lévesque et de la souveraineté-association.
De toute façon, quelque soit
l'avenir du Québec, il n'y a plus de place pour un Canadien
français ici. Le Québec, pour lequel j'ai sacrifié
toutes ces années de combat, est devenu pour moi une terre étrangère.
Tony Le Sauteur Né canadien français et
fier de son origine jersiaise
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