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XX. L'Empire des lacs!


Sous le régime péquiste, mes premiers démêlés avec le ministère de l’Environnement me font rapidement comprendre que, trop près des citoyens, je serais toujours perçu comme un dangereux personnage.     

Comme  je ne suis pas du genre à plier bagage, j’ai donc pensé concentrer éventuellement mes activités dans un domaine où je suis moins vulnérable, celui de la protection de l’environnement des lacs. Pourquoi? Parce qu’en bordure de la plupart des lacs de villégiature, on trouve des associations de citoyens regroupées au sein de la puissante Fédération des associations pour la protection de l’environnement des lacs (la FAPEL), qui va me servir de bouclier contre les pontifes du ministère de l’environnement qui se sont juré d’avoir ma peau. Je n’ai plus à défendre directement mes activités devant les gardiens de la République, c’est la FAPEL qui s’en charge auprès du Ministre, au nom des citoyens! Avec la FAPEL, je me sens protégé, invulnérable. Je fonce! En quelques années seulement, le Programme des lacs devient un véritable commando de combattants à l'intérieur du ministère de l'environnement. Une force de frappe que les gardiens de la République appelent malicieusement l'Empire des lacs!

Putsch
Le Programme des lacs étant devenu intouchable, c'est alors que les membres du cabinet Léger tentent un putsch pour le mettre au pas. Ils installent un gardien de la République dans le bureau même du Programme des lacs sous l'excuse cousue de fil blanc, qu'il a pour mission d'organisser un programme d'éducation et de le rendre opérationnel, alors que le Programme des lacs est déjà doté d'un programme d'éducation qui comble tous les besoins des associations. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le comité d'accueil n'a pas été très chaleureux. Quelques jours plus tard, tout penaud, et de sa propre initiative, après avoir réalisé que les gardiens de la République n'étaient pas populaires au Programme des lacs, il a repris le chemin du cabinet pour ne plus jamais revenir. Mais il y aura d'autres grandes tentatives pour mettre le Programme des lacs au pas.

La direction générale de la nature
 Un peu après la création du ministère de l'Environnement, il est question de moderniser la Loi sur la qualité de l'environnement. Et c'est ainsi qu'un nouveau volet sur la partipation des citoyens est ajouté, avec la création du BAPE, le Bureau d'audiences publiques. Mais la FAPEL pousse fort pour qu'un deuxième volet soit ajouté: celui sur la protection de la nature. Le projet s'est rendu jusqu'en Commmission parlementaire où il est mort, sous les coups malveillants des avocats du ministère de l'Environnement. Ce qui n'a pas arrêté la FAPEL, loin de là.

À défaut d'un nouveau volet dans la loi, il est question, à la FAPEL, que le Programme des lacs prenne du gallon pour devenir la Direction générale de la nature. Marcel Léger n'y voit pas d'objections et il prend sur lui d'annoncer publiquement cette bonne nouvelle au congrès annuel de la FAPEL. Tout le monde saute de joie. Mais l'allégresse est de courte durée!

Le lundi suivant, à l'ouverture des bureaux du Programme des lacs le téléphone sonne. Forts de l'annonce du ministre, nous avons commencé à nous identifier en conséquence: «Direction générale de la nature, Bonjour!» Malheureusement, à l'autre bout du fil se trouve le chef de cabinet de Marcel Léger. Il se montre outré que nous ayons pris les devants. Il semble que l'annonce de Marcel Léger soit une aussi grande surprise pour les membres de son cabinet qu'elle l'avait été pour nous. Résultat: la Direction générale de la nature n'a jamais vu le jour.

L'aménagement des lacs et cours d'eau
Quelques années plus tard, on tente de nouveau de se débarrasser de moi par le biais d'une fausse promotion. Il est maintenant question d'élever le Programme des lacs au niveau d'une nouvelle direction générale bidon, la Direction de l'aménagement des lacs et cours d'eau. Cette initiative est d'autant plus inquiétante qu'elle émane de la haute direction du ministère de l'Environnement. Le titre ronflant de cette nouvelle direction générale ne change rien au mandat du Programme des lacs, dans la pratique, mais elle permet à la Fonction publique d'établir un concours pour le choix du directeur. On s'apprête donc à décider, par la voix d'un concours bidon, si je suis apte à occuper le poste que j'occupe déjà.

Le truc est courant dans la Fonction publique. On change le statut du poste que vous occupez, et ce faisant, on vous oblige à vous présenter à un concours, comme tous les autres candidats, comme si vous étiez un néophyte.

Tout le monde est mort de rire dans le milieu. Le Sauteur «pogné» dans un concours organisé par la haute direction du ministère de l'Environnement? Ça va brasser! D'autant plus que c'est le ministère qui a la main haute sur le choix du jury et les critères de sélection. Tout le monde croit que je suis cuit, condamné à devenir un simple subalterne au sein du Programme des lacs, un programme que j'ai créé de toutes pièces et dirigé avec succès pendant plusieurs années.

Pas si vite! Je leur ménage une vilaine surprise. Je refuse carrément de participer à ce concours bidon. C'est une première dans la Fonction publique québécoise! Les hauts fonctionnaires du ministère de l'Environnement et de la Fonction publique se sont ainsi trouvés démasqués et, à la toute dernière minute, pour éviter d'être ridiculisés à la grandeur de la province, ils ont annulé le concours pour me «nommer» par la porte d'en arrière à la Direction générale de l'aménagement des lacs et cours d'eau. Et c'est ainsi que, sous un nouveau gros titre, le Programme des lacs continue d'exister et continuera encore pendant plusieurs années.   

La retraite
Ce n’est qu’au moment de ma retraite obligée que tout s’écroule, que les pontifes du ministère de l'Environnement ont pu s’en donner à cœur joie et commencer à mettre la hache dans tout ce que j'ai construit pendant 25 ans. Tout est rasé!  

La FAPEL rebondit
Suite à cette déroute, la FAPEL a dû subir de profondes transformations et se réorganiser complètement. Elle est aujourd'hui le seul regroupement au Québec à utiliser exclusivement les forces de l'Internet pour poursuivre efficacement son combat, sous l’étiquette des plus farouches défenseurs de l’environnement au Québec! Elle regroupe toujours de nombreuses associations et son site Web reçoit plus de 3000 visiteurs chaque jour. Ce site est reconnu comme une source privilégiée d’information dans le domaine des lacs et de la qualité de l’environnement, dans plus de 30 pays. La FAPEL a fait la preuve, une fois de plus, que rien ne pouvait abattre des citoyens décidés et convaincus! Aujourd'hui, la FAPEL fait encore trembler le ministère de l'Environnement qui refuse toujours systématiquement de reconnaître son existence.     

Toujours dans le combat
Quant à moi je suis à la retraite mais toujours sur les barricades. Je consacre tout mon temps à la FAPEL, de façon entièrement bénévole depuis 1991, à titre de webmaître et de directeur du secrétariat permanent.

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