Si la Confédération
m'était contée...

André Bigras
Mai 1963

Note de l'éditeur: À Québec, des patriotes viennent de jeter le monument de Wolfe par terre. Et le FLQ fait de plus en plus parler de lui. On prévoyait faire l'indépendance pour 1967.

Le FLQ a séparé la colonne de Wolfe. Irréparable! Passe! Mais, car il y a un mais! De grâce, laissez Ottawa intact! Je demande la conservation d’Ottawa afin qu’en 1968, les archéologues, les anthropologues et les historiens n’aient pas à creuser, à pelleter et à piocher pour déterrer les vestiges de la capitale. En effet, les fouilles archéologiques seraient plus efficaces si la ville n’était pas détruite, comme le fut Pompéi! Vous me direz que c’est la faute au Vésuve qui a vomi dessus et qu’il n’y a pas de volcans à Ottawa. Grossière erreur! D’illustres vulcanologues et sismologues ont détecté des failles intraterrestres qui pourraient entrer en action dès 1967. Et comme je pense que le FLQ est dans le coup, je l’implore à genoux de laisser debout les pierres fossiles ou non, de notre musée outaouais, en autant que debout se peut! Oui, vous avez bien entendu, j’ai parlé de musée.

Montréal pourrait leur céder le musée de cire, ce qui ne sera pas la plus grande perte touristique. On y trouve déjà les statues de Diefenbaker et de Stephen St-Lawrence qui se prêtent très bien au cirage. Après les prochaines élections, on y verra Jean Lesage, à moins qu’il ne connaisse le sort caché de Maurice Duplessis!

Ici et là on plantera des Québécois habillés en anglais, dans leurs pittoresques costumes de l’époque 1963. Le soir un spectacle «son et lumière».

Au son du «Liberty», du «God Save the Queen», du Ô Canada en anglais et en français, s’ouvre le défilé; les «Canadians Guards», les «Hussards Guards», les «Quebec», les «Ontario», les «etcetera Guards» ouvrent la marche. Suivent le gouverneur-général-en-chef et sa femme-en-chef et les sous-gouverneurs-généraux et leurs sous-dames, les premiers ministres, bicéphales et acéphales, les deuxièmes, les troisièmes, les quatrièmes, les cinquièmes, les sixièmes, les fonctionnaires, les secrétaires, et les traducteurs! Loin en arrière une longue file de députés en voitures de toutes les couleurs, forcément! Plus loin en arrière, les représentants du peuple «british canadian». Très, très loin en arrière, d’authentiques Canadiens français en ceintures fléchées, chemises à carreaux, évêques, archevêques, archidiacres, archinombreux implorant des chèques bilingues, si possible! Ouf!

Mais il n’y aura plus de place pour les touristes spectateurs. C’est justement la pensée que j’eus quand j’assistai à la dernière ouverture du Parlement. Y avait du monde tassé, retassé, séparé de mes choses, réuni, reséparé, reréuni et ainsi de suite jusqu’au moment où je me trouvai une petite place entre un député anglais et un député anglais.

Nous ronflâmes ensemble, en habit de gala, comme l’exigent les traditions britanniques. Le discours du Trône ne fit sursauter personne. À peine ouvris-je l’oeil pour voir ce qui troublait mon honorable sommeil! Session explosive, dira-t-on dans les journaux du lendemain! En effet, j'explosai de joie à la sortie du parlement! Je l’avoue!

Quoi! Vous m’arrêtez? Je n’ai même plus le droit d’exploser de joie maintenant? Ah! ces gens-d’armes royaux! Comme ils sont «suspecteux»!

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