Note de l'éditeur: À Québec, des patriotes
viennent de jeter le monument de Wolfe par terre. Et le FLQ fait de
plus en plus parler de lui. On prévoyait faire
l'indépendance pour 1967.
Le FLQ a séparé la colonne de Wolfe.
Irréparable! Passe! Mais, car il y a un mais! De grâce,
laissez Ottawa intact! Je demande la conservation d’Ottawa afin
qu’en 1968, les archéologues, les anthropologues et les
historiens n’aient pas à creuser, à pelleter et
à piocher pour déterrer les vestiges de la capitale. En
effet, les fouilles archéologiques seraient plus efficaces si
la ville n’était pas détruite, comme le fut
Pompéi! Vous me direz que c’est la faute au Vésuve
qui a vomi dessus et qu’il n’y a pas de volcans à
Ottawa. Grossière erreur! D’illustres vulcanologues et
sismologues ont détecté des failles intraterrestres qui
pourraient entrer en action dès 1967. Et comme je pense que le
FLQ est dans le coup, je l’implore à genoux de laisser
debout les pierres fossiles ou non, de notre musée outaouais,
en autant que debout se peut!
Oui, vous avez bien entendu, j’ai
parlé de musée. Montréal pourrait leur céder le musée de
cire, ce qui ne sera pas la plus grande perte touristique. On y
trouve déjà les statues de Diefenbaker et de Stephen
St-Lawrence qui se prêtent très bien au cirage.
Après les prochaines élections, on y verra Jean Lesage,
à moins qu’il ne connaisse le sort caché de
Maurice Duplessis! Ici et là on plantera des Québécois
habillés en anglais, dans leurs pittoresques costumes de
l’époque 1963. Le soir un spectacle «son et lumière».
Au son du Liberty, du God Save the Queen,
du Ô Canada en anglais et en français, s'ouvre le
défilé; les Canadians Guards, les
Hussards Guards, les Quebec, les
Ontario, les etcetera Guards ouvrent la
marche. Suivent le gouverneur-général-en-chef et sa
femme-en-chef et les sous-gouverneurs-généraux et leurs
sous-dames, les premiers ministres, bicéphales et
acéphales, les deuxièmes, les troisièmes, les
quatrièmes, les cinquièmes, les sixièmes, les
fonctionnaires, les secrétaires, et les traducteurs!
Loin en
arrière une longue file de députés en voitures
de toutes les couleurs, forcément! Plus loin en arrière,
les représentants du peuple british canadian.
Très, très loin en arrière, d’authentiques
Canadiens français en ceintures fléchées,
chemises à carreaux, évêques, archevêques,
archidiacres, archinombreux implorant des chèques bilingues,
si possible! Ouf!
Mais il n’y aura plus de place pour les touristes
spectateurs. C’est justement la pensée que j’eus
quand j’assistai à la dernière ouverture du
Parlement. Y avait du monde tassé, retassé,
séparé de mes choses, réuni,
reséparé, reréuni et ainsi de suite jusqu’au
moment où je me trouvai une petite place entre un
député anglais et un député anglais.
Nous ronflâmes ensemble, en habit de gala, comme
l’exigent les traditions britanniques. Le discours du Trône
ne fit sursauter personne. À peine ouvris-je l’oeil pour
voir ce qui troublait mon honorable sommeil! Session explosive,
dira-t-on dans les journaux du lendemain! En effet, j'explosai de
joie à la sortie du parlement! Je l’avoue!
Quoi! Vous m’arrêtez? Je n’ai même plus le
droit d’exploser de joie maintenant? Ah! ces gens-d’armes
royaux! Comme ils sont «suspecteux»!