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Raymond Johnston accuse!
Traître ou pantouflard?
Mai 1963


NDLR: Comment expliquer que les nationalistes d’il y a trente ans, qui pour la plupart forment aujourd’hui notre supposée élite, n’aient pas le courage de s’affirmer québécois français? Triste à dire mais on trouve parmi ceux-ci les adversaires les plus acharnées de l’indépendance. Devant l’évidence qui leur saute aux yeux, ils n’ont que des discours ou des écrits vaseux à nous offrir. Un bel exemple de cet avachissement de l’élite québécoise française est sans contredit le rédacteur en chef du quotidien de la Mauricie, M. Hervé Biron. Tel Jean-Louis Gagnon, dont nous traitions le mois dernier, M. Hervé Biron était fanatiquement indépendantiste il y a de cela trente ans. Pourquoi ne l’est-il plus? Serait-ce à cause des gros sous? Ou de pantoufles trop confortables? À vous de juger, chers lecteurs. Le voici donc tel qu’il était en 1935, et tel que malheureusement, il est maintenant.

Hervé Biron, 1935

«Tôt ou tard la province de Québec devra se séparer du reste de la confédération. En effet, si les canadiens de langue française ne parviennent pas à faire reconnaître leurs droits par le reste du pays, ce qui reste problématique, nous devrons irrévocablement jeter aux orties le pacte trompeur de 1867 et former notre propre nationalité au sein de la province la plus riche du pays».

«C’est bien la richesse du Québec qui a fait se ruer sur nous les vautours les plus voraces du capitalisme étranger. C’est notre richesse dont nous n’avons pas conscience. qui nourrit en partie le reste du Canada. Et pourtant, de plus en plus nulle devient notre influence, non seulement dans la finance, dans le commerce et dans l’exploitation de nos richesses naturelles, mais aussi dans la politique, aujourd’hui esclave du capital».

«Notre patriotisme, depuis si longtemps qu’on l’exploite en faveur de la basse politique, s’est atrophié, ne vibre plus qu’au prix d’un savant battage de cloches. Abêtis par les étrangers au nom de la bonne entente, nous avons cru naturel qu’on nous volât pourvu que la paix s’étendît morne et solennelle sur notre déchéance. Cette paix que nous avons tant chérie, et qu’entretint chez nous toute une lignée de forbans, menace de se troubler parce qu’on a entassé dans la partie la plus vaste du territoire toute la racaille de l’Europe centrale. Et les financiers étrangers, qui n’ont pas encore daigné relâcher leurs serres autour de notre pauvreté et qui sentent le couteau révolutionnaire leur percer le sein gauche, s’adressent à nous aujourd’hui pour que nous leur fassions un rempart de nos corps».

«Les canadiens français doivent dès à présent prendre comme ligne de conduite de se raidir devant l’étranger, de reprendre ce qu’on leur a volé par la suite de leur passivité, d’enfanter un patriotisme qui les rendra maîtres de leur existence».

«Et devant l’avachissement de la plus grande partie de notre population en face de ses tyrans, qui oserait dire que le nationalisme risque de devenir péché au Canada français»?

Hervé Biron, 1963

Nous ne savons si c’est à cause du caractère strictement commercial du quotidien Le Nouvelliste, mais Hervé Biron 1963 a décidément renié Hervé Biron 1935. Depuis qu’il a vu renaître le mouvement séparatiste, il a pris peur. Il a mis au rancart ses idées nationalistes. Même s’il est membre de la S.S.J.B., il se demande si nous, Canadiens français, formons une nation. Il se demande où est sa patrie. Québec ou Canada? Il voudrait bien qu’il y ait une nation québécoise et une nation canadienne ... car cela satisferait sa nature bonne-ententiste. Il voudrait bien, à la fois, donner raison aux séparatistes et aux fédéralistes. Il voudrait bien surtout, avoir terminé sa carrière car il n’en peut plus. Il se sent tiraillé, d’une part, par ses vieilles idées nationalistes et séparatistes et, d’autre part, par la propagande fédéraliste.

Pour lui, le journalisme, c’est du non-engagement, du «ménage-le-chou-pis-la-chèvre». Pour lui, il n’y a plus de vérité, il n’y a que l’opinion et l’opinion diffère d’un individu à un autre. Pour lui, le journalisme, c’est de l’organisation financière, ce sont les annonceurs qu'il faut flatter. Pour lui, le patriotisme c’est devenu de la contemplation. Chez lui, tout concept se teinte d’un esprit essentiellement bourgeois.

M. Biron, nous allons être plus polis que vous l’étiez en 1935. À ce moment, vous qualifiez les non-séparatistes d’«abêtis». Nous ne vous ferons même pas cet honneur. Le seul qualificatif qui vous convienne parfaitement est celui d’embourgeoisé, de rassis. Nous vous comprenons tout de même car votre séparatisme de 1935, était conditionnel et basé sur des griefs. Le séparatisme d’aujourd’hui ne crie plus aux «maudits anglâs», mais exige purement et simplement l’agir libre national pour les Québécois. Le séparatisme d’aujourd’hui n’est plus fait de lamentations justifiées, il part de cette courte phrase : on n’est jamais mieux gouverné que par soi-même.

Nous comprenons aussi que vous ne teniez plus à être mêlé au petit groupe de moutons noirs, sans cesse croissant, qui en ont assez d’être des moutons. C’est tellement plus simple et plus facile de suivre tout bonnement le troupeau gardé jalousement par des chiens qui jappent à l’anglaise.

«Abêtis par les étrangers au nom de la bonne entente», vous avez «cru naturel qu’on nous volât pourvu que la paix s’étendît morne et solennelle sur notre déchéance».

Souhaitons seulement que votre nationalisme ne soit pas tout à fait éteint et que vous reveniez un jour à vos ardeurs de jeunesse, ne serait ce qu’au jour de l’indépendance du Québec.

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