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L'Office de la langue française
Jacqueline Wanner
Avril 1963

L'équipe du tonnerre a pourvu le Ministère des Affaires Culturelles d'un Office de la langue française. Reconnaissance éclatante de l'abâtardissement de notre langue et de son inutilité en tant qu'instrument de travail. Mais aussi un moyen énergique de combattre une maladie chronique.

Monsieur Jean-Marc Léger, homme d'une compétence reconnue avait de grands desseins. Les brillantes conférences qu'il prononce un peu partout à travers l'État du Québec le prouvent sans conteste. L'accueil et l'appui que ses propos reçoivent témoignent d'un intérêt profond et actif.

Nous ne voyons pourtant nulle part appliquées les réalisations qu'il prône, les transformations qu'il demande, les remaniements qu'il préconise. Ceci parce qu'il ne peut fournir les instruments qui permettraient leur concrétisation. Nous ne voyons nulle part les livres, les manuels techniques et spécialisés, les techniciens que Monsieur Léger ne nous a pas promis, mais qu'il voudrait pouvoir nous donner!

Faut-il blâmer Monsieur Léger? Non! Les crédits attribués au Ministère des Affaires Culturelles sont dérisoires. Que dire alors de ceux de l'Office de la langue française. Si dans sa sagesse et sa prudence Monsieur Lesage, le bien nommé, a jugé préférable de ménager la chèvre et le chou en honorant une promesse faite aux électeurs québécois tout en ne donnant aucun pouvoir, aucune initiative et surtout aucun crédit à l'Office de la langue française, pour se concilier les faveurs d'un gouvernement fanatiquement anglo-saxon et d'une minorité lourdement agissante, si Monsieur Lesage a jugé préférable de rendre inutilisable le merveilleux cadeau qu'il nous avait fait, alors nous n'en voulons plus.

On voile, on cache, on «joualise» notre langue maternelle, la langue française. Pourquoi s'en étonner? Monsieur Lesage est bilingue à Québec, unilingue anglais à Ottawa. Monsieur Lesage a des goûts simples à Québec et une politique de grandeur à Ottawa.

Nous ne voulons plus d'une langue abâtardie. Nous ne voulons plus d'une langue folklorique. Nous voulons une langue claire, nuancée qui devienne enfin le véhicule précis de notre pensée et l'outil efficace d'une vie individuelle, collective et nationale, pleine et vivante.

Nous voulons savoir si dans l'État du Québec, l'Office de la langue française est un instrument de choix délibérément faussé par Monsieur Lesage. Si c'est la vérité, comme elle nous apparaît, c'est pour nous une raison de plus de travailler à notre indépendance afin de pouvoir crier un jour: vive la langue française !

Vive cette langue de très haute civilisation qui nous rendra les égaux fraternels des peuples et des hommes libres du monde!

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