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Un conquistador empaillé
Jean-Louis Gagnon
Journal La Nation, le 25 juin 1936
Avril 1963

NDLR : Libre Nation reprenait souvent des articles du journal de Paul Bouchard, La Nation. L’article qui suit a été publié dans La Nation du 25 juin 1936, il y a plus de 60 ans et près de 30 ans avant la publication du journal Libre Nation. Il est signé de Jean-Louis Gagnon qui, à l’époque, était un farouche indépendantiste dont la plume acérée charcutait littéralement les adversaires. À la lecture de cet article, on réalise que La Nation et les indépendantistes des années 1930 n’avaient rien de complaisant!

Mufle va! Non satisfait de la ratatouille que le populaire venait de lui servir l’énergumène (Bennett) laissa couler sa bave. La chemise à plastron et le haut-de-forme déguisaient mal le gentleman tory. Sous les gestes ronds qui lui valurent, jadis, les douces faveurs de madame Eddy, nous devinions la crapule orangiste, le mange-canayen. Plusieurs collaborateurs de La Nation ont démontré (textes en mains) tout ce qu’il y a de couillon dans l’affaire de la monnaie bilingue.

Puisque les orangistes refusent le principe de l’égalité des races pourquoi parler encore de bonne-entente? Demandons-nous plutôt ce que nos pères allèrent foutre dans cette maudite galère confédérative. De deux choses l’une: ou bien nous avions droit à la monnaie bilingue, ou bien nous n’y avions pas droit. Si nous y avions droit, nous disons que le seul fait de nous avoir refusé, pendant 75 ans, cette parcelle de notre dû est suffisant pour nous faire douter à jamais du bon vouloir des canailles de Toronto-la-pure; si nous n’y avions pas droit, nous reposons la question: que diable faisons-nous dans cette maudite galère?

Allons, abattons les cartes! Nous n’avons plus qu’une chose à faire: ramasser nos petits et revenir tout simplement chez nous, dans un état libre français. D’ailleurs la mauvaise foi des «Englishs» est patente; particulièrement celle de Bennett. En même temps qu’il gueulait contre la monnaie bilingue pour respecter (qu’il disait) les droits de la majorité il votait pour l’application des sanctions contre l’Italie pour respecter — cette fois-là — les droits minoritaires(???) d’un peuple barbare composé de sadiques, de syphilitiques, d’eunuques et d’esclaves. Même plus, ce fils de l’Empire ajouta une suite à la farce des sanctions. Au moment où le petit crevé d’Eden conseille de rappeler les sanctions, Bennett bataille contre le projet proposé par King. Non! lui, Bennett, ne veut pas laisser tomber les sanctions. Bennettt est un fils d’empire qui refuse d’accepter des conditions de mauvaise paix. Les sanctions nous font perdre des milliers de dollars par mois? Peu importe! Les sanctions affament toute la population qui existe éparpillée le long de la côte de Gaspé? Il s’en contrefiche! Affameur public, «mange canayen», chien d’orangiste, capitaliste crasse — Bennett aura tout ça et autre chose encore. Jamais nous n’aurons assez de haine pour ce diable d’homme. Il serait à souhaiter qu'un petit accident de voiture lui cassât les reins. Heureusement, Bennett n’est plus en position. Chef d’une opposition sans pouvoir, Bennett n’est plus à craindre. Qu’il gueule sa haine anti française, Mon Dieu! c’est pas très dangereux. Mais qu’il ne s’avise pas de jouer contre nous pour de vrai. Ce jour-là nous n’hésiterons pas à mettre en pratique le conseil de Maurras et à protéger notre destin à l’aide de nos couteaux de cuisine. En attendant, surveillons les acrobaties du vachéador!

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