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Les
Jersiais de la Gaspésie
étaient de langue française!

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Les textes qui suivent sont tirés
d'un article très documenté intitulé «The
Language Changes in Jersey» écrit par Nicol
Spence, B.A. Ph.D, Professeur émérite du Département
de Linguistique française,
de l'Université de Londres. Nous recommandons fortement
à tous ceux qui désirent approfondir le sujet de lire
l'article original en anglais.
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L'école
obligatoire donne le coup de grâce
La prochaine grande étape dans le triomphe de la langue anglaise
sur la langue française à Jersey se produit à la toute fin du XIXe siècle,
quand on introduit l'anglais comme langue d'enseignement
dans les écoles. À ce moment-là, dans les campagnes, les jeunes
jèrriais commençaient à aller à l'école sans avoir aucune connaissance
de l'anglais. Mais à mesure qu'ils grandissaient, ils finissaient
par le parler assez couramment compte tenu qu'ils étaient souvent
en contact avec les nouveaux habitants de Jersey qui ne connaissaient
que l'anglais. S'installe une situation confuse où le
trilinguisme est à l'honneur, chacun utilisant la langue de son
choix, selon les circonstances. Le rôle du bouon français est
donc condamné à décliner à mesure que l'anglais gagne du terrain. Mais
l'anglais n'a pas remplacé le français aussi rapidement que
l'on croit, car la langue française demeure la langue des cours
de justice, des États de Jersey et des chapelles Méthodistes, dans
les campagnes, pour plusieurs années encore.
L'usage
de l'anglais officiellement autorisé C'est en 1901, que
l'anglais devint
une langue autorisée, ou une sorte de langue officielle dans les
États de Jersey. Mais dans la chapelle Ebenezer, à la Trinité,
et dans quelques autres chapelles de Jersey, les sermons continuent
de se donner en français jusque dans les années 1920. Par contre,
à Saint-Hélier les services religieux sont presque toujours en
anglais. Dans les paroisses de Saint-Ouën, Saint-Laurent, Saint-Pierre
et Sainte-Marie, les services alternent entre le français et l'anglais,
les services anglais étant les plus populaires. Quant à la langue
de l'administration, le français garde sa priorité jusque durant
les années 1930. Les rapports des inspecteurs d'écoles s'écrivent
en français pour plusieurs années encore, et, dans une paroisse en
particulier, Saint-Martin (la paroise de mon grand-père, Wallace
Édouard Le Sauteur), les procès-verbaux des réunions de la paroisse continuent
d'être rédigés en français jusqu'en 1965.
Le
français fait maintenant partie de l'histoire Aujourd'hui,
le français et le jèrriais ne sont plus que des faits historiques
dans les îles. Seuls quelques Jersiais âgés peuvent encore parler
le jèrriais ou le français. Bientôt, il ne restera plus
aucune trace du passé français des îles Anglo-Normandes. L'anglais
a carrément pris le dessus sur le français et il faut s'étonner
que les États de Jersey soient encore membres de l'Association
des Parlementaires de langue française, pire, que Jersey soit
encore classé comme un territoire francophone dans le monde de la
Francophonie.
Il
est vrai que
l'arrivée massive d'immigrants de langue anglaise a donné le
coup de mort à la langue française, mais il faut dire que les français
de France n'ont pas aidé leur cause. Durant plusieurs siècles, la
France s'est comportée comme l'ennemi juré des îles Anglo-Normandes.
En effet, ses troupes ravagèrent les îles à plusieurs reprises durant
le moyen âge et sont longtemps demeurées une menace
jusqu'à l'époque moderne. Cela n'a rien fait pour entretenir, dans
les îles, un sens
de loyauté à la francité. Les contacts chaleureux
qui existent présentement avec la Normandie et qui se manifestent
à travers des événements comme La fête Nouormande ou Fête des Rouaisouns,
sont très récents.
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Tout
celà pour rappeler qu'au moment des grandes migrations
jersiaises vers le Québec (la Gaspésie, en particulier),
la très grande majorité des Jersiais parlaient
tout aussi bien lé bouon français que le vieux
parler normand (lé jèrriais). Au point où le
jèrriais, a même été le parler dominant sur la
côte sud de la Gaspésie en 1840. Quand au bouon français,
les fiches du recensement canadien de 1881 nous indiquent
que la très grande majorité des répondants Jersiais
donnaient le français comme langue maternelle. Mais
ils étaient de religion anglicane! Ce qui explique que
les Canadiens-français leur aient tourner le dos. Pour
eux, un anglican c'était un anglais! Les Jersiais étaient
donc tous des anglais! Encore aujourd'hui, c'est le
message que l'on colporte, partout au Québec! Alors
que le Québec a toujours réclamé plus d'immigrants de
langue française, il faut se poser de sérieuses questions
sur la facilité avec laquelle nous avons rejeté tous
ces pionniers de langue française.
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