Grand Étang
De Sainte-Flavie où commence la péninsule de la Gaspésie, nous roulons nord-est pour environ 200 milles avant d'arriver à Grand Étang, la première place où j'ai trouvé des Jèrriais. La route longe souvent le pied des montagnes, très à pic, et elle est presque au niveau de la mer. Par bout, elle a même été construite sur la grève. Quand je m'y arrête et que je vois les vagues arriver jusqu'au bord de la route, je me demande souvent si la construction de cette route n'aurait pas été commencée dans la Baie de St. Ouën, à Jersey, pour se rendre jusqu'en Gaspésie, tellement il y a de Jèrriais dans ce coin.
Arrivé au Grand Étang, on est au début des villes et des villages où de nombreux Jèrriais ont vécu et travaillé, et où on en trouve encore quelques uns avec un tas de leurs descendants.
George Godfray, né à Jersey en 1862, s'est marié avec la veuve du vieux Seigneur Thomas Le Breux de Grand Étang (à 35 milles au nord de Gaspé, en empruntant un court chemin qui descend franc sud à partir de Rivière-au Renard), dans le temps qu'on trouvait encore des Seigneuries féodales en Gaspésie. Il devint lui même Seigneur de Grand Étang. Il est mort en 1940 et fut enterré dans le cimetière de l'église anglicane de Saint-Paul, à Gaspé. Sa femme étant catholique romaine, elle fut enterrée dans le cimetière de son église à Cloridorme.
Le Sieur Lewis J. Gibaut, qui demeure à Cloridorme et qui a vécu plusieurs années en Gaspésie, a une fameuse mémoire. Il connaissait le Sieur Godfray personnellement. Ils ont travaillé ensemble pour les commerçants William Hyman et Fils qui possédaient des établissements de pêche à Grande-Grève et à Gaspé. Le commerce de Grande-Grève a longtemps été sous la direction de Stanley Hotton, de la paroisse de Ste Mathie (Jersey), mort en 1968 et enterré à Grande-Grève.
Il y a longtemps que les Seigneuries ont été abolies en Gaspésie et il est à craindre que les descendants du Seigneur Godfdray vont disparaître à leur tour durant la présente génération. Le Sieur Godfray d'aujourd'hui, qui demeure avec sa soeur, est un vieux garçon et sa soeur n'est pas mariée. Je suis allé les voir en passant. Ils sont charmants. Le frère est maître de poste pour le coin qu'il a baptisé du nom de Saint-Hélier car il avait toujours entendu dire que sa famille venait de là, à Jersey. Il n'a jamais visité l'île de Jersey et il ne parle pas le jèrriais, mais il est familier avec le parler des Canadiens français. Avec sa soeur, il dirige un motel (nom courant en Amérique, formé (engibâtré) de la première syllabe de Motor et de la deuxième syllabe de Hôtel), une demie douzaine de petites chaumières en bois, le long de sa propriété. Ils les louent aux touristes et ils gagnent ainsi leur vie aisément et paisiblement. Le Grand Étang tient son nom d'un grand lac d'eau douce niché dans les montagnes. Il est pittoresque et en même temps fameux pour la pêche.
George Francis Le Feuvre
Jersey.