Gaspé
Nous voilà enfin
arrivé dans la belle petite ville de Gaspé. Je vous en
ai déjà parlé à cause du fait historique
que c'est là où Jacques Cartier à pris
possession du Canada. Mais ce n'est pas la seule raison qui fait que
la ville à un intérêt particulier pour moi. Quand
mon ami Morris Le Cocq dirigeait l'Hôtel Royal, j'y restais
durant cinq ou six semaines durant l'été. Son
père et sa mère étaient encore vivants dans ce
temps là. Je passais la moitié de mon temps à
l'hôtel de Gaspé et l'autre moitié à
Malbaie avec les vieux Jèrriais. Ils étaient toujours
contents de me voir arriver les vieux, car je les amenais en auto
pour aller visiter des amis le long de la côte. Je retournais
souvent voir Morris pour rester avec lui, à l'hôtel, un
jour ou deux.
J'en suis venu à
connaître les Jèrriais de la ville. Il y en avait encore
quelques uns dans ce temps-là. Le Sieur Harold Gosset
Orviss, frère des Orviss, du magazin de St. Hélyi, à
Jersey, était directeur pour les Robin. Un an avant son
décès (il est mort en 1951), quand je me rendis le
voir, il était cousu de rhumatisme et il avait de la
misère à bouger. Je le vis de nouveau, au retour, et
quand je lui ai demandé si ses rhumatismes avaient
empirés, il se leva de sa chaise, dans son bureau, et il se
mit à sautiller (saûticoter) pour me dire: Me
revoila comme un jeune poulain. Le docteur m'a injecté un
nouveau remède qui s'appelle cortisone et m'a r'buté
sus mes pids d'drièthe! C'est vrai! Mais il est mort
quelque mois plus tard. Un charmant monsieur! Le Sieur Stanley
Alexandre travaillait dans son bureau. Un peu plus tard, il quitta
les Robin et je l'ai perdu de vue. Le Sieur John Bannier,
frère du défunt Winter Bannier qui travaillait chez le
juge Le Boutiller à High Field, à St. Ouën (Jersey),
était encore vivant dans le temps et Frank Robert était
le maître de poste. Thomas Ellis, né à Preunmié
Tour à St. Hélyi, Jersey, était
lecteur à l'église. Le ministre anglican était
l'Archidiacre Ernest Samuel Reid, un ministre de belle présence
qui prêchait un admirable sermon. Il était aimé
de tout le monde en Gaspésie. Il est Évêque
à Ottawa, à ch't heu et sa consécration
au Siège Épiscopal ne l'a pas changé. Il est
aussi avenant et aimable qu'il l'était à
l'époque. Le Sieur Ellis n'est plus.
Je passais de belles
soirées à l'hôtel le dimanche soir. Les
Jèrriais se rencontraient dans le bureau de Morris. Le bon
homme Jon Le Co et Frank Robert y étaient toujours avec Lesley
Le Gros qui gardait le magazin à Barachois, ainsi que Harold
Le Gresley, (le fils du capitaine Black Jack Le Gresley) qui
était directeur pour les Robin à Malbaie et qui venait
souvent. Lesley Le Gros et Harold Le Gresley, nés en
Gaspésie, ne parlaient pas le jèrriais et la
conversation se faisait à moitié en jèrriais et
à moitié en anglais mais elle tournait toujours autour
de Jersey.
Hélas! Il n'y a plus
qu'un seul Jèrriais, né à Jersey, qui demeure
à Gaspé à ch't heu. Un charmant bouanhomme
du nom de Arthur George Cabot. Tous les Le Cocq sont morts. Les Sieurs
Orviss, Robert, Bannier et Le Gros aussi. Harold Le Gresley a
quitté les Robin et il travaille pour le gouvernement
provincial. Le Sieur Arthur George Cabot est octogénaire
et vit paisiblement avec sa bouannefemme (née dans
l'île du Prince Édouard) dans sa belle maison
située sur les hauteurs. Je leur ai suggéré
d'aller à Jersey, mais ils craignaient qu'ils étaient
trop âgés pour faire la traversée! C'est toujours
un plaisir d'aller chez eux et de jouir de la proverbiale
hospitalité des vieux Jèrriais, dès que l'on
franchit le pas de la porte!
Comme c'est souvent le cas, le
nombre de personnes inhumées dépassent le nombre de
tombeaux dans le cimetière de l'église anglicane de
Saint-Paul à Gaspé. J'ai lu les noms sur les tombeaux,
et bien des fois, il me semble que le nombre augmente à chaque
fois que je m'y rend!
Un des premiers tombeaux
trouvés, tout près de la route qui passe devant le
cimetière, est celle du Sieur George Godfray, né
à Jersey en 1862 et décédé à Grand
Étang en 1940. C'était lui qui était le Seigneur
du Grand Étang. Il est le seul Godfray qui a un tombeau dans
le cimetière de Gaspé, quoiqu'il soit possible qu'il y
en ait d'autres d'enterrés là.
Une bonne vieille famillle
Jèrriaise, les Dumaresq, malheureusement disparue à
Jersey, est bien représentée au cimetière. Jane
Dumaresq, la petite fille de Nicholas Dumaresq, Esq., et de Jane, sa
femme, a son nom d'inscrit sur un petit tombeau qui ne donne pas
l'âge ni la date de son décès. Il y a une Jane
Dumaresq, décédée le 27 juillet 1920, à
l'âge de 91 ans. Sur un autre tombeau, j'ai trouvé le
nom de Clément John Dumaresq, l'homme à Viola
Patterson, décédé à l'âge de 39
ans, le 9 octobre 1947, et une autre à la mémoire de
Frederick M. Dumaresq, natif de Jersey et décédé
le 24 septembre 1902, à 78 ans, et de Mary C.
Béchervaise, sa femme, décédée le 24
décembre 1902 à l'âge de 71 ans. Voilà de
bons vieux noms Jèrriais.
Le prochain tombeau
dévoile les noms de Theophilus, George Jehoshaphat, Alma Jane
et Eva, enfants du révérend Francis de la Mare, M.A.,
et de Charlotte, sa femme. Apparemment, le révérend de
la Mare n'a pas eu de chance avec sa famille. Me voici près du
tombeau de Harold Adrian Le Couteur, natif de Jersey, qui mourut le 5
de juin 1908 à l'âge de 27 ans. Il devait être
parent avec quelques Le Couteur d'aujourd'hui, à Jersey, car
la famille n'est pas nombreuse. Et voici que je découvre un
Ernest de Sainte-Croix, l'homme à Marie Morin, né
à Saint-Hélier, Jersey, en 1865, et
décédé le 4 octobre 1947.
J'arrive en face du tombeau de
Frank J. Le Grand, décédé le 24 juillet 1952.
Son âge n'est pas mentionné. Charles Vincent Carrel,
décédé le 30 juillet 1939 à 69 ans.
Margaret E. Carter, veuve du capitaine John Vautier, née
à Jersey le premier de mars 1834 et
décédée le 23 août 1874. Il paraît
que cette famille Carter était passée à Jersey,
du Devonshire en Angleterre. Ella Marjorie Carry, 1899-1947.
Probablement Guernesiaise. Hélène M., fille de Peter et
d'Eliza A. Le Gros, 1877-1888. Et nous voilà en face du
tombeau d'un autre couple qui n'a pas eu de chance avec leurs
enfants. Le tombeau donne les noms de quatre garçons Vibert:
George Christopher, 1899-1900, Kenneth Arthur, 1906-1906, Harold
James, 1893-1914, et Eugene Percival, 1903-1924, fils d'Edward Joseph
Vibert et de Bertha Sarah Suddard, sa femme. Plus loin je trouve le
tombeau du Sieur Edward Joseph Vibert lui-même, né
le 19 septembre 1868 et décédé le premier
juillet 1941, et de sa femme (née Suddard) née le 9
février 1869 et décédée le 27 novembre
1955. Jessie, femme de Claude Vardon, Tutrice dé Joan, 1906-1959.
Il n'y a rien qui nous indique la parenté de Joan.
Peut-être une nièce? Et nous arrivons finalement au
tombeau de mon ami Harold Gosset Orviss, 1855-1951 et de sa femme
née Josephine MacCartney, 1877-1951.
Avant de quitter Gaspé,
je suis allé voir l'abbé Michel Le Moignan, prêtre
catholique romain de souche jèrriaise. Un charmant jeune
homme! Il était venu à Jersey, alors que j'y
étais encore et que j'allais partir pour l'Australie.
L'abbé est professeur au grand séminaire de son
église à Gaspé, et il a beaucoup aidé
à la fondation de La Société Historique de la
Gaspésie, dont il est le président. J'ai moi-même
l'honneur d'en être un membre. La Société publie
une Revue d'histoire de la Gaspésie fort intéressante
à tous les trois mois. Le Sieur Arthur G. Le Gros, successeur
de notre vieil ami Moussieu Eugène Bouillon, directeur
des Robin, à Paspébiac, a apporté sa
contribution avec l'histoire de Charles Robin en Gaspésie. Un
fameux article puisque le Sieur Le Gros avait accès au
journal personnel de Charles Robin, dans le temps où il
était en train de s'établir en Gaspésie, en
1766. La publication de la Revue est en français, mais
l'article du Sieur Le Gros, très bien écrit, est en anglais.
Mon frère et moi avons
été reçus comme des monsieurs par l'abbé
et il est venu passer une partie de la soirée avec nous
à l'hôtel pour nous écouter parler de Jersey,
où son arrière arrière grand-père, Pierre
Le Moignan, est né en 1837.
George Francis Le Feuvre
Jersey