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Le dernier pèlerinage
d'un Jèrriais en Gaspésie

Raconté par George Francis Le Feuvre. 
Les textes sont tirés intégralement du livre JÈRRI JADIS,
publié en jèrriais, à Jersey, en 1983, par les publications Le Don Balleine.
Adaptation française: Tony Le Sauteur - Avec la permission des publications Le Don Balleine.
Les expressions et mots jèrriais sont en italique.

 Gaspé

Nous voilà enfin arrivé dans la belle petite ville de Gaspé. Je vous en ai déjà parlé à cause du fait historique que c'est là où Jacques Cartier à pris possession du Canada. Mais ce n'est pas la seule raison qui fait que la ville à un intérêt particulier pour moi. Quand mon ami Morris Le Cocq dirigeait l'Hôtel Royal, j'y restais durant cinq ou six semaines durant l'été. Son père et sa mère étaient encore vivants dans ce temps là. Je passais la moitié de mon temps à l'hôtel de Gaspé et l'autre moitié à Malbaie avec les vieux Jèrriais. Ils étaient toujours contents de me voir arriver les vieux, car je les amenais en auto pour aller visiter des amis le long de la côte. Je retournais souvent voir Morris pour rester avec lui, à l'hôtel, un jour ou deux.

J'en suis venu à connaître les Jèrriais de la ville. Il y en avait encore quelques uns dans ce temps-là. Le Sieur Harold Gosset Orviss, frère des Orviss, du magazin de St. Hélyi, à Jersey, était directeur pour les Robin. Un an avant son décès (il est mort en 1951), quand je me rendis le voir, il était cousu de rhumatisme et il avait de la misère à bouger. Je le vis de nouveau, au retour, et quand je lui ai demandé si ses rhumatismes avaient empirés, il se leva de sa chaise, dans son bureau, et il se mit à sautiller (saûticoter) pour me dire: Me revoila comme un jeune poulain. Le docteur m'a injecté un nouveau remède qui s'appelle cortisone et m'a r'buté sus mes pids d'drièthe! C'est vrai! Mais il est mort quelque mois plus tard. Un charmant monsieur! Le Sieur Stanley Alexandre travaillait dans son bureau. Un peu plus tard, il quitta les Robin et je l'ai perdu de vue. Le Sieur John Bannier, frère du défunt Winter Bannier qui travaillait chez le juge Le Boutiller à High Field, à St. Ouën (Jersey), était encore vivant dans le temps et Frank Robert était le maître de poste. Thomas Ellis, né à Preunmié Tour à St. Hélyi, Jersey, était lecteur à l'église. Le ministre anglican était l'Archidiacre Ernest Samuel Reid, un ministre de belle présence qui prêchait un admirable sermon. Il était aimé de tout le monde en Gaspésie. Il est Évêque à Ottawa, à ch't heu et sa consécration au Siège Épiscopal ne l'a pas changé. Il est aussi avenant et aimable qu'il l'était à l'époque. Le Sieur Ellis n'est plus.

Je passais de belles soirées à l'hôtel le dimanche soir. Les Jèrriais se rencontraient dans le bureau de Morris. Le bon homme Jon Le Co et Frank Robert y étaient toujours avec Lesley Le Gros qui gardait le magazin à Barachois, ainsi que Harold Le Gresley, (le fils du capitaine Black Jack Le Gresley) qui était directeur pour les Robin à Malbaie et qui venait souvent. Lesley Le Gros et Harold Le Gresley, nés en Gaspésie, ne parlaient pas le jèrriais et la conversation se faisait à moitié en jèrriais et à moitié en anglais mais elle tournait toujours autour de Jersey.

Hélas! Il n'y a plus qu'un seul Jèrriais, né à Jersey, qui demeure à Gaspé à ch't heu. Un charmant bouanhomme du nom de Arthur George Cabot. Tous les Le Cocq sont morts. Les Sieurs Orviss, Robert, Bannier et Le Gros aussi. Harold Le Gresley a quitté les Robin et il travaille pour le gouvernement provincial. Le Sieur Arthur George Cabot est octogénaire et vit paisiblement avec sa bouannefemme (née dans l'île du Prince Édouard) dans sa belle maison située sur les hauteurs. Je leur ai suggéré d'aller à Jersey, mais ils craignaient qu'ils étaient trop âgés pour faire la traversée! C'est toujours un plaisir d'aller chez eux et de jouir de la proverbiale hospitalité des vieux Jèrriais, dès que l'on franchit le pas de la porte!

Comme c'est souvent le cas, le nombre de personnes inhumées dépassent le nombre de tombeaux dans le cimetière de l'église anglicane de Saint-Paul à Gaspé. J'ai lu les noms sur les tombeaux, et bien des fois, il me semble que le nombre augmente à chaque fois que je m'y rend!

Un des premiers tombeaux trouvés, tout près de la route qui passe devant le cimetière, est celle du Sieur George Godfray, né à Jersey en 1862 et décédé à Grand Étang en 1940. C'était lui qui était le Seigneur du Grand Étang. Il est le seul Godfray qui a un tombeau dans le cimetière de Gaspé, quoiqu'il soit possible qu'il y en ait d'autres d'enterrés là.

Une bonne vieille famillle Jèrriaise, les Dumaresq, malheureusement disparue à Jersey, est bien représentée au cimetière. Jane Dumaresq, la petite fille de Nicholas Dumaresq, Esq., et de Jane, sa femme, a son nom d'inscrit sur un petit tombeau qui ne donne pas l'âge ni la date de son décès. Il y a une Jane Dumaresq, décédée le 27 juillet 1920, à l'âge de 91 ans. Sur un autre tombeau, j'ai trouvé le nom de Clément John Dumaresq, l'homme à Viola Patterson, décédé à l'âge de 39 ans, le 9 octobre 1947, et une autre à la mémoire de Frederick M. Dumaresq, natif de Jersey et décédé le 24 septembre 1902, à 78 ans, et de Mary C. Béchervaise, sa femme, décédée le 24 décembre 1902 à l'âge de 71 ans. Voilà de bons vieux noms Jèrriais.

Le prochain tombeau dévoile les noms de Theophilus, George Jehoshaphat, Alma Jane et Eva, enfants du révérend Francis de la Mare, M.A., et de Charlotte, sa femme. Apparemment, le révérend de la Mare n'a pas eu de chance avec sa famille. Me voici près du tombeau de Harold Adrian Le Couteur, natif de Jersey, qui mourut le 5 de juin 1908 à l'âge de 27 ans. Il devait être parent avec quelques Le Couteur d'aujourd'hui, à Jersey, car la famille n'est pas nombreuse. Et voici que je découvre un Ernest de Sainte-Croix, l'homme à Marie Morin, né à Saint-Hélier, Jersey, en 1865, et décédé le 4 octobre 1947.

J'arrive en face du tombeau de Frank J. Le Grand, décédé le 24 juillet 1952. Son âge n'est pas mentionné. Charles Vincent Carrel, décédé le 30 juillet 1939 à 69 ans. Margaret E. Carter, veuve du capitaine John Vautier, née à Jersey le premier de mars 1834 et décédée le 23 août 1874. Il paraît que cette famille Carter était passée à Jersey, du Devonshire en Angleterre. Ella Marjorie Carry, 1899-1947. Probablement Guernesiaise. Hélène M., fille de Peter et d'Eliza A. Le Gros, 1877-1888. Et nous voilà en face du tombeau d'un autre couple qui n'a pas eu de chance avec leurs enfants. Le tombeau donne les noms de quatre garçons Vibert: George Christopher, 1899-1900, Kenneth Arthur, 1906-1906, Harold James, 1893-1914, et Eugene Percival, 1903-1924, fils d'Edward Joseph Vibert et de Bertha Sarah Suddard, sa femme. Plus loin je trouve le tombeau du Sieur Edward Joseph Vibert lui-même, né le 19 septembre 1868 et décédé le premier juillet 1941, et de sa femme (née Suddard) née le 9 février 1869 et décédée le 27 novembre 1955. Jessie, femme de Claude Vardon, Tutrice dé Joan, 1906-1959. Il n'y a rien qui nous indique la parenté de Joan. Peut-être une nièce? Et nous arrivons finalement au tombeau de mon ami Harold Gosset Orviss, 1855-1951 et de sa femme née Josephine MacCartney, 1877-1951.

Avant de quitter Gaspé, je suis allé voir l'abbé Michel Le Moignan, prêtre catholique romain de souche jèrriaise. Un charmant jeune homme! Il était venu à Jersey, alors que j'y étais encore et que j'allais partir pour l'Australie. L'abbé est professeur au grand séminaire de son église à Gaspé, et il a beaucoup aidé à la fondation de La Société Historique de la Gaspésie, dont il est le président. J'ai moi-même l'honneur d'en être un membre. La Société publie une Revue d'histoire de la Gaspésie fort intéressante à tous les trois mois. Le Sieur Arthur G. Le Gros, successeur de notre vieil ami Moussieu Eugène Bouillon, directeur des Robin, à Paspébiac, a apporté sa contribution avec l'histoire de Charles Robin en Gaspésie. Un fameux article puisque le Sieur Le Gros avait accès au journal personnel de Charles Robin, dans le temps où il était en train de s'établir en Gaspésie, en 1766. La publication de la Revue est en français, mais l'article du Sieur Le Gros, très bien écrit, est en anglais.

Mon frère et moi avons été reçus comme des monsieurs par l'abbé et il est venu passer une partie de la soirée avec nous à l'hôtel pour nous écouter parler de Jersey, où son arrière arrière grand-père, Pierre Le Moignan, est né en 1837.

George Francis Le Feuvre
Jersey

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Lors de son dernier pèlerinnage en Gaspésie, George Francis Le Feuvre a visité et rencontré des Jèrriais dans plusieurs agglomérations.
Pour suivre George Le Feuvre dans son tour de la Gaspésie, on clique sur le bouton Page suivante. On peut aussi se rendre directement dans chacune des agglomérations visitées en cliquant sur le lien approprié.

 Notes de George Francis Le Feuvre,
recueillies (èrtchilyes) en janvier 1966, dans la Revue d'Histoire de la Gaspésie