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Le dernier pèlerinage d'un
Jèrriais en Gaspésie

Raconté par George Francis Le Feuvre.
Les textes sont tirés intégralement du livre JÈRRI JADIS,
publié en jèrriais, à Jersey, en 1983, par les publications Le Don Balleine.
Adaptation française: Tony Le Sauteur - Avec la permission des publications Le Don Balleine.
Les expressions et mots jèrriais sont en italique.

Les Jèrriais de la Gaspésie

Au lieu de passer l'été de 1964 à Jersey, j'ai choisi de faire un pèlerinnage en Gaspésie. Mon frère, Sydney, qui a habité la Gaspésie durant sa jeunesse (il habite à Ottawa à ch't heu), m'accompagnait durant ce voyage car il voulait revoir ses vieilles connaissances.

La Gaspésie! Un pays qui fait encore vibrer le vieux Jèrriais que je suis. Après en avoir tant entendu parler, à Jersey, durant ma jeunesse, j'ai voulu la visiter durant mes vieux jours. Un pays qui a été témoin du calme, du travail et des misères (ainsi que des joies, bien sûr) de tant de Jèrriais, nés à Jersey, et maintenant établis le long de ses grèves et au pied de ses montagnes.

Pour bien des Jèrriais, ce fut aussi le pays du dernier voyage, leurs cendres ayant contribué à sanctifier la terre des cimetières, à l'ombre de leurs églises. D'autres ont vu le jour là, et, quoiqu'ils aient été Jèrriais dans l'âme et par les liens de parenté, ils y ont gagné leur vie pour ensuite passer au repos éternel sans jamais avoir vu Jersey. Dans bien des cas, leurs enfants et leurs petits-enfants y ont aussi passé leur vie. Et par manque de Jèrriaises à marier, bon nombre se sont mariés à des Canadiennes françaises et ont perdu leur caractère jèrriais, pour devenir de véritables Canadiens français, mais sans le nom.

Dans bien des villages, la langue jèrriaise était plus courante que l'anglais et le français en Gaspésie, en particulier depuis Rivière-au-Renard, au nord, jusqu'à Paspébiac dans le sud, et même plus loin, jusqu'à la petite ville de Bonaventure où on trouve encore un vrai Jèrriais du nom de Douglas Barette qui a un magasin à son compte. Une vingtaine de vieux Jèrriais parlent encore notre belle vieille langue jèrriaise en Gaspésie. C'est à peu près le nombre qui y habitent encore et qui sont nés à Jersey. Mais leurs enfants ne parlent pas le jèrriais. C'est comme à Jersey, la jeunesse parle l'anglais.

La Côte pour les Jèrriais, la Gaspésie pour les Canadiens français, fait partie de la province de Québec. On m'a souvent demandé si la Gaspésie était plus vaste que Jersey. Eh! bien! on peut facilement dire que oui! La Gaspésie est une presqu'île (ou péninsule), montagneuse au nord et à l'est. Ses montagnes, une extrémité des Appalaches, ont pour nom Les Shikshoks (nom micmac qui signifie rochers escarpés). Elles sont imposantes. D'une hauteur moyenne de 3300 pieds, elles dominent le fleuve et le golfe Saint-Laurent. Au sud, les pentes s'adoucissent jusqu'à la Baie des Chaleurs. Je ne peux pas vous dire pourquoi cette baie a été nommée ainsi. Je m'y suis baigné plus d'une fois et j'y ai toujours trouvé la mer froide. Le climat est magnifique en été, mais il y fait un froid de chien en hiver. Assez curieusement, on trouve une flore subarctique sur ses hauts plateaux!

En général, on peut dire que la péninsule de la Gaspésie commence au village de Sainte-Flavie, sur la côte nord, à 200 milles de la ville de Lévis qui se trouve en face de la ville de Québec, mais de l'autre côté du fleuve Saint-Laurent. De Sainte-Flavie, la route emprunte la direction nord-est, le long du fleuve, pour quelque 230 milles, jusqu'à Grande Grève, et de là, elle se dirige franc sud, jusqu'à Percé. En roulant vers l'ouest, jusqu'à la vallée de la Matapédia, il y a une distance d'environ 240 milles. La vallée de la Matapédia est la limite ouest de la Gaspésie. Elle s'étend sur une distance de 98 milles à partir de la ville de Matapédia pour se terminer à Sainte-Flavie, au nord.

Longue de bien près de 165 milles et large de 87 milles entre ses extrémités, la Gaspésie a une étendue d'environ 9000 milles carrés. D'immenses forêts et la mer donnent du travail à une population de 140000 personnes qui vivent en grande partie le long de la route qui dessert toute la côte sans oublier la vallée de la Matapédia.

La belle petite ville de Gaspé (1700 habitants), construite au pied des montagnes dans la baie du même nom, à l'extrémité est de la péninsule, prend sa notoriété du fait que c'est là, sur la pointe de son port, que l'explorateur français Jacques Cartier, né à Saint-Malo, prit possession du Canada au nom du Roi de France, le 24 juillet 1534. Quand il a mis pied à terre, il creusa un trou pour y installer une croix en bois de trente pieds de hauteur, qu'il décora de trois fleurs de lys. Aujourd'hui, au même endroit, on voit une belle haute croix en pierre qui fut installée pour fêter le quatrième centenaire de cette occasion. En septembre 1758, le général Wolfe saccaga les établissements de la Baie de Gaspé, et on peut dire que ce fut là le commencement de la guerre qui mena à la perte du Canada au profit de l'Angleterre.

Je vais maintenant vous parler des Jèrriais qui vivent encore en Gaspésie, et vous donner les noms d'un tas d'entre eux qui sont à leur dernier repos et dont on trouve les noms inscrits sur leurs tombeaux.

George Francis Le Feuvre
Jersey

 


Lors de son dernier pèlerinnage en Gaspésie, George Francis Le Feuvre a visité et rencontré des Jèrriais dans plusieurs agglomérations.
Pour suivre George Le Feuvre dans son tour de la Gaspésie, on clique sur le bouton Page suivante ou on peut se rendre directement dans chacune des agglomérations visitées en cliquant sur le lien approprié.

 Notes de George Francis Le Feuvre,
recueillies (èrtchilyes) en janvier 1966, dans la Revue d'Histoire de la Gaspésie
 

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