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XV. Un Fleuve, Un Parc
La bataille des îles de Sorel


Un jour, je me décide à aller faire une promenade vers Sainte-Anne-de-Sorel, histoire de prendre quelques photos et de me familiariser davantage avec l'état des rives dans ce tronçon du Saint-Laurent. Entre l'île du Moine et la rive de Sainte-Anne-de-Sorel, se trouve le romantique chenal du Moine que Germaine Guèvremont nous a fait découvrir à travers son roman feuilleton, Le Survenant.

En arrivant sur les lieux, je constate, à voir les dégâts, que les ingénieurs à cervelles d'oiseau de la Voirie sont passés par là. Pour élargir la route, ils ont bûché tous les arbres du côté du fleuve. J'en suis bouleversé. Quelle dévastation! Et justement dans un secteur très fréquenté par les chasseurs de sauvagine.

Alerte
Quelques semaines plus tard, je publie un article dans Québec, Chasse et Pêche, mettant les chasseurs en garde. Mais c'est le temps de la chasse et personne ne bouge. Je ne pouvais pas comprendre que les chasseurs soient davantage préoccupés par la construction de leur cache que par la dégradation sauvage de la végétation le long de la rive du chenal, habitat essentiel à la survie de la sauvagine. Pour me consoler de l'état pitoyable du secteur et de l'apathie des chasseurs, je me réfugie sur l'île d'Embarras pour goûter à la gibelotte de Berthe Beauchemin.

L'irresponsabilité et l'indifférence des autorités en place ont parfois sur mon esprit des effets déprimants. Je dois alors m'arrêter un moment pour reprendre mon souffle, réfléchir, recharger mes batteries, comme on dit familièrement, et retourner dans la mêlée, plus décidé que jamais de continuer, me disant qu'on finira bien un jour par opter pour le bon sens! Je pensais que mes idées, faciles à comprendre et appuyées par un fort mouvement d'opinion publique, finiraient bien par dominer le débat.

Un plan directeur
Dans l'intervalle, le Dr Goldbloom continue de démontrer un intérêt personnel pour le projet Un Fleuve, Un Parc. Dans des conditions difficiles, il fait des efforts surhumains pour qu'il se réalise et il prend une décision importante pour l'avenir du projet en accordant un contrat à des consultants dans le but de dresser un plan directeur du futur parc fluvial et des aménagements qui pourraient être envisagés tout en préservant les richesses écologiques du Saint-Laurent.

Ce plan directeur doit respecter l'esprit du projet et je suis mandaté pour orienter les travaux des consultants. Quant au moratoire réclamé visant à stopper les activités néfastes sur le fleuve (du simple gros bon sens), motus et bouche cousue! Il aurait fallu que le gouvernement appuie officiellement les efforts du Dr Goldbloom. Mais dans les autres ministères, le projet Un Fleuve, Un Parc est très mal vu, sans compter que les ministres n'aiment pas, habituellement, se voir dicter leur conduite par un fonctionnaire dérangeant.

Le plan directeur du futur parc fluvial a tout de même vraiment été amorcé au grand déplaisir de l'establishment technocratique, ces grands commis d'arrière scène qui peuvent déculotter n'importe quel ministre assez téméraire pour les ignorer. À l'époque, c'est en grande partie à l'Office de planification et de développement du Québec (OPDQ) que logent ces intrigants du pouvoir. Et c'est dans les coulisses de cet organisme voué au progrès économique et industriel, qu'échoue le projet Un Fleuve, Un Parc.

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