Notre monde est ainsi fait : tout ce qui naît, tout ce qui vit, doit mourir. Même les lacs n'échappent pas à cette règle de la nature!

C'est au moment du recul des glaces, à la toute fin de la dernière époque glaciaire, qu'on peut retracer l'origine de nos lacs. Ils auraient plus de dix mille ans. Nourris par les eaux de fonte des glaciers, les lacs contenaient alors des eaux claires et limpides. Les populations animales et végétales y étaient à peu près inexistantes.
Une lente évolution
Au cours d'une longue période de colonisation, les lacs et leurs territoires environnants se sont ensuite peuplés d'une grande variété d'espèces végétales et animales. Et à la suite de la décomposition d'innombrables générations successives de ces espèces, les eaux se sont graduellement enrichies pour devenir de plus en plus fertiles. Le processus de vieillissement est enclenché.
Parallèlement, de grandes quantités de débris organiques et de sédiments vont se déposer sur le lit des lacs. Malgré cela, les lacs offrent encore des eaux fraîches et bien oxygénées. Il faut dire que les symptômes du vieillissement mettent très longtemps à se manifester. Ils sont imperceptibles à l'échelle humaine. Ce n'est qu'à l'échelle des temps géologiques qu'ils se manifestent de façon tangible.
Déjà dix mille ans
Nous en sommes là! Déjà dix mille ans d'évolution. Nos lacs ont atteint l'âge adulte: les matières organiques en décomposition font des ravages dans leurs réserves d'oxygène, les plantes aquatiques étendent leur territoire, les eaux se réchauffent et les poussées d'algues sont de plus en plus fréquentes. Certains lacs sont même déjà disparus. D'autres viennent d'entrer dans leur phase
terminale. Mais les lacs n'évoluent pas tous à la même cadence, heureusement. Bon nombre d'entre eux sont encore tout fringants.
Demain
Que va-t-il se passer maintenant? Les eaux de nos lacs vont devenir de plus en plus fertiles. La décomposition des plantes et des organismes aquatiques — de plus en plus nombreux — va considérablement augmenter le taux d'envasement. Avec le temps, nos lacs sont condamnés à devenir de moins en moins profonds et les eaux vont continuer de se réchauffer. On peut aussi prévoir de sérieuses déficiences
dans les concentrations d'oxygène. Quant à la truite, privée d'oxygène, elle se fera de plus en plus rare, jusqu'à disparaître!
Les derniers moments
Dans quelques milliers d'années, nos lacs atteindront leur dernier stade de vie. Et ce sera la mort! Mais les lacs sont bien différents de nous,
même face à la mort! Ils ont leur façon bien à eux de mourir. Ils se transforment d'abord en marécage pour ensuite faire place à la terre ferme,
sans laisser de traces! Un jour, nos lacs auront fait place à des territoires forestiers où lièvres et cerfs de Virginie régneront en maître. C'est une forme de réincarnation. Mais nous ne serons plus là pour témoigner du fait qu'«hier encore», ces territoires forestiers étaient des lacs. Ainsi va la vie!
Mais avant de mourir, les lacs passent par un autre stade: celui de la vie utile. Pendant cette période, les lacs sont encore vivables c'est-à-dire que les villégiateurs peuvent encore en profiter de façon normale, sans trop d'inconvénients. Et, à mesure qu'ils vieillissent, ils deviennent de plus en plus invivables. C'est la fin de leur vie utile. Suit une lente agonie qui peut durer quelques siècles et qui mène à la mort.
Présence de l'homme
Le malheur, c'est que notre présence peut accélérer considérablement le processus de vieillissement des lacs. Sous les assauts répétés
de l'homme, des lacs aux eaux claires et bien oxygénées
peuvent se métamorphoser en quelques dizaines d'années seulement et présenter tous les symptômes d'un vieillissement précoce. Comment contribuons-nous à accélérer le vieillissement des lacs? Par nos mauvaises habitudes, vous l'aurez deviné. Trop souvent, nous transportons en bordure de nos lacs une conception urbaine de l'aménagement, et nous leur imposons des charges polluantes qu'ils n'arrivent tout simplement pas à digérer.

On peut arriver à prolonger la vie utile de nos lacs
en stoppant tous les apports en éléments nutritifs
dus aux activité humaines, mais on ne peut rien contre le vieillissement naturel.
