Saviez-vous que le gazon est la plus importante source de dégradation de l'environnement d'un lac? Les pelouses font plus de dégâts que les substances toxiques, les déchets solides et les eaux usées. C'est vert pourtant du gazon et c'est beau à voir! Mais nous sommes les seuls à penser qu'un lac entouré de grandes étendues de pelouse est un «beau» lac. Pour les lacs, un «beau» lac est un lac à l'état naturel. Tout ce qui paraît «beau» à nos yeux n'est pas nécessairement bon pour nos lacs.

Qui dit pelouse, dit déboisement! Et qui dit déboisement, dit dégradation! Le système immunitaire d'un lac, c'est sa forêt! Bien sûr, il peut en sacrifier des petits bouts pour se plier à certaines de nos habitudes. Mais ce qu'il ne peut vraiment pas supporter, ce sont les gazons qui occupent ses rives et son encadrement forestier à l'infini. Les lacs n'aiment pas les excès.
Le mal des pelouses En fait, si les villégiateurs adorent les pelouses, le lac, lui, peut difficilement les supporter. Elles le rendent malade. Et pour cause! Avec les pelouses viennent les engrais, les eaux chaudes, les coups d'eau, l'érosion et les déserts biologiques.
Les engrais. Il faut rappeler que les pelouses ont besoin d'engrais pour demeurer en bonne santé. Mais par temps de pluie, une bonne partie des engrais qui les nourrissent s'échappent vers le lac et contribuent à la surfertilisation des eaux. Résultat: les plantes aquatiques se mettent à proliférer de façon excessive.
Les eaux chaudes. Mais le mal des pelouses ne s'arrête pas aux engrais. En se substituant à la forêt, les pelouses mettent le lac à nu. Sous un soleil de plomb, la température des eaux grimpe alors dangereusement. Le lac fait une montée de fièvre. Comme les engrais, la chaleur favorise, elle aussi, la croissance excessive des plantes aquatiques. Mais la chaleur n'affecte pas que les plantes. Les truites aussi sont affectées. Elles n'aiment pas les eaux chaudes. Elles sont d'ailleurs constamment à la recherche de zones ombragéesprès des rives naturelles où les eaux sont plus fraîches! Les truites fuient le gazon!
Les coups d'eau. C'est grâce à son humus que la forêt arrive à retenir si facilement les eaux de pluie, même sur les pentes les plus fortes. Et c'est ainsi que nos lacs arrivent à contrôler leur régime hydrique et à éviter les coups d'eau. Le gazon, lui, ne retient à peu près rien: dès qu'il pleut, le niveau du lac monte. Les écarts de niveau d'eau sont accentués.
L'érosion. En temps de pluie, la vitesse de frappe des milliards de gouttes d'eau qui tombent dans une forêt est amortie par les feuilles des arbres et des arbustes. Lorsqu'elles arrivent au sol, les gouttelettes n'ont plus la force de créer des foyers d'érosion. Mais dans un milieu gazonné, c'est une toute autre histoire. Les gouttes d'eau frappent le sol de plein fouet, à une vitesse vertigineuse, déplaçant ainsi les particules du sol et créant de nombreux foyers d'érosion. Il ne faut pas compter sur les pelouses pour prévenir l'érosion.
Les déserts biologiques. Les poissons ont besoin de nourriture pour vivre. Or, les insectes comptent pour une bonne part de leur alimentation. Beaucoup de ces insectes tombent tout naturellement des arbres, des arbustes et des plantes herbacées que l'on trouve sur les rives encore àl'état naturel. La végétation naturelle des rives est un véritable garde-manger pour les poissons, contrairement aux pelouses qui sont, en fait, des déserts biologiques.
Le soleil Malgré toutes ces considérations, les pelouses n'en offrent pas moins des avantages qu'on ne peut ignorer. Le plus important est qu'elles nous offrent un petit coin dégagé où prendre du soleil et recharger nos batteries. Le soleil ne fait-il pas partie de la vie de chalet? Il ne faut donc pas s'étonner si bon nombre de villégiateurs considèrent le patio et le carré de pelouse comme essentiels. Ils offrent des espaces agréables où profiter de l'été et du soleil. Comment alors concilier lac et pelouse? Est-ce même possible? Oui! Mais à une condition: «une place pour chaque chose et chaque chose à sa place». Un mariage de raison, quoi! Les pelouses doivent être aménagées derrière la rive, c'est-à-dire à 10 ou 15 mètres de la ligne du rivage. La rive pourra ainsi plus facilement piéger les éléments fertilisants et freiner le réchauffement
des eaux. Mais attention! Garder le gazon loin de la rive ne suffit pas: encore faut-il aussi apprendre à minimiser la superficie des pelouses.

En ville, les
pelouses ajoutent de la vie au monde inerte et stérile du béton, de la brique, de la pierre et de l'asphalte. Les pelouses de ville améliorent la qualité de l'environnement des citadins. En
bordure des lacs, c'est
une toute autre histoire. Les pelouses n'ajoutent rien, elles soustraient. En se substituant à la forêt, elles remplacent un milieu riche et diversifié par un milieu pauvre, quasi désertique.
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