USA Choice Counter

 

 


Y'a des cyanophycées
dans mon lac

Nos lacs ont leur façon bien à eux de nous démontrer qu'ils ont leur voyage, ou qu'ils sont en train de prendre un coup de vieux. Ils créent «une poussée d'algues». Soit que le lac devienne soudainement vert comme une purée de pois, d'un travers à l'autre, ou encore, qu'il se coiffe de longues, gluantes, malodorantes et repoussantes chevelures vertes qui sèment la panique autour du lac! Le phénomène est connu!

On les appelle parfois cyanobactéries, algues «bleues», ou algues «bleu-vert». C'est du pareil au même! Ce sont des microorganismes situés entre les bactéries et les plantes, puisque contrairement aux bactéries qui sont des décomposeurs des déchets et de matières organiques, les cyanophycées obtiennent leur énergie par la photosynthèse (comme les plantes). En dépit de leur nom, les différentes espèces de cyanophycées peuvent être rouges, brunes ou jaunes; on dit que les proliférations d'algues des espèces rouges (espèces marines) sont exactement ce qui donne son nom à la mer Rouge. Plusieurs espèces de cyanophycées ont une particularité que les autres n'ont pas: elles sécrètent des toxines qui peuvent affecter certaines personnes, parfois aussi des animaux. On se plaint souvent qu'on ne fait rien contre les cyanophycées. Vrai! Mais on ne fait rien, non plus, dans le cas des poussées des autres espèces d'algues, non toxiques. Pour la simple raison qu'il n'y a rien à faire, sauf de ralentir le processus de vieillissement des lacs. Et encore!

La réponse est simple: lorsque des cyanophycées arrivent à prédominer et créent une poussée d'algues dans un lac, c'est qu'elles s'y trouvaient déjà. Les algues font partie de la vie des lacs, y compris les cyanophycées. Elles ne posent pas de problème tant que les conditions du lac sont normales. Mais si les eaux de votre lac, par exemple, sont suffisamment enrichies, c'est-à-dire qu'elles sont chargées d'éléments nutritifs (phosphates, nitrates, et autres) et suffisamment chaudes, il arrive, surtout dans le coeur de l'été, que certaines algues, qu'on trouve déjà dans le lac, profitent de la situation et finissent par prédominer, c'est-à-dire se reproduire à une vitesse  incroyable et couvrir l'entière superficie du lac, en quelques heures seulement. C'est ça une poussée d'algues. C'est un lac qui n'est pas content et qui envoie le signal clair qu'il a son voyage!


Toutes les algues peuvent provoquer des poussées d'algues, mais toutes les algues ne sécrètent pas des toxines comme certaines espèces de cyanophycées.

Absolument pas! La présence de phosphates en quantité suffisante dans les eaux d'un lac, n'est qu'une des conditions nécessaires. En général, plusieurs conditions et la présence d'autres éléments nutritifs doivent être présents dans un lac pour provoquer une poussée d'algues. La vérité, c'est que les mécanismes des poussées d'algues sont encore mal connus. Il est donc faux de prétendre que seules les concentrations de phosphates peuvent provoquer des poussées d'algues, comme certains l'affirment, au Québec. On peut facilement comprendre que l'abondance de phosphates dans les eaux d'un lac puisse contribuer à prolonger la durée d'une poussée d'algues, mais il n'y a pas de rapport direct entre une concentration spécifique de phosphates et la vulnérabilité d'un lac aux poussées d'algues. Ceux qui prétendent établir une concentration spécifique de phosphates au-delà de laquelle votre lac sera plus sujet qu'un autre à produire des poussées d'algues sont des charlatans ou des sorciers qui vous font perdre un temps précieux.

Il est donc bien inutile de faire analyser l'eau de votre lac, pour y évaluer les concentrations de phosphates, si votre but est de prédire s'il sera ou non bientôt sujet à une poussée d'algues.

Non! On ne peut que tenter de ramener le processus de vieillissement d'un lac le plus près possible de son rythme normal, et ce, si on y met tous les efforts et les sacrifices nécessaires. Il faut cesser d'aménager nos lacs comme des banlieues. Et même à ce prix, il faut être conscients du fait qu'on ne peut pas retourner en arrière et rajeunir un lac. Même avec un changement radical de régime, l'aspect de votre lac ne va pas changer instantanément!  Les éléments nutritifs déjà présents dans les eaux d'un lac qui subit des poussées d'algues ne vont pas disparaître, et il est fort probable que votre lac va continuer de produire des poussées d'algues. Ainsi va la vie! C'est un phénomène irréversible, contrairement à ce que certains laissent entendre. Il est urgent de se mettre à la tâche et de tout faire pour ralentir le processus de vieillissement de nos lacs si on veut prolonger leur durée de vie.

Bien sûr qu'il en existe un: les poussées d'algues vont de pair avec le vieillissement des lacs. Qui plus est, lorsque qu'un lac est rendu à un stade plus avancé de son évolution, les poussées d'algues se répètent habituellement d'une année à l'autre et même plusieurs fois par année. C'est inévitable et c'est un phénomème de plus en plus fréquent de nos jours, car nos lacs ne sont plus exactement des jeunesses. Ils datent de la dernière époque glaciaire et ils n'ont pas toujours été bien aménagés. On peut donc facilement prédire qu'avec le temps, les poussées d'algues vont devenir de plus en plus fréquentes et de plus en plus sévères. Le vieillissement d'un lac est un processus lent, qui s'étale sur des milliers d'années et qui dure déjà depuis plus de 10 000 ans, au Québec. Ce sont les activités humaines qui provoquent l'accélération qu'on vit aujourd'hui et qui ne montre aucun signe d'accalmie. D'autant plus que les dernières tendances d'aménagement des lacs au Québec (le surdéveloppement, entre autres), sont plutôt de nature à accélérer le processus. Nous sommes en grande partie responsables de la multiplication des poussées d'algues sur nos lacs et de la gravité du phénomène. Malheureusement, on préfère ne pas en tenir compte et continuer de chercher des solutions magiques!

Il est grandement temps que les villégiateurs et le ministère du Développement durable se mettent dans la tête que le vieillissement d'un lac est un phénomène irréversible et que l'unique avenue qui se présente à nous est de travailler au ralentissement du processus de vieillissement. Malheureusement lorsqu'il y a des poussées de cyanophycées dans un lac, on se contente du minimum, c'est-à-dire d'avertir la population et de fermer le lac. Rien pour renverser la vapeur du développement. Rien pour aider les villégiateurs à ralentir le processus de vieillissement de leurs lacs. Qui plus est, c'est le Ministère lui-même, qui a mis la hache dans le Programme des lacs et son programme de régénération des rives, les seuls outils jamais mis à la disposition des villégiateurs pour assurer la survie de leurs lacs. Difficile à expliquer!

Engin de recherche
Tapez un mot clé

      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La grande peur

 

Ces jours-ci, les villégiateurs ont un tas de raisons d'avoir peur lorsqu'ils entendent parler que la direction de la santé vient de fermer un autre lac. La FAPEL tient à rappeler, toutefois, que les poussées d'algues (quelque soit l'espèce) peuvent être considérées comme un problème de survie des lacs ou un problème de santé publique pour les humains et la vie animale. Pour la direction de la santé, il s'agit clairement d'un problème de santé, tout particulièremnet si les algues sont des cyanophycées, souvent accompagnées de toxines. Y'a pas de chances à prendre! Ça fait peur, en effet! Mais c'est aussi une belle occasion de repenser nos techniques d'aménagement des lacs.